CHRONIQUE/La Centrafrique replonge dans les troubles [Audio]

François Bozizé © AFP / Camille LAFFONT

Par Anthony Bellanger | France Inter

Après des années de quasi guerre civile, la République de Centrafrique avait semblé retrouvé un certain calme. C’était compter sans les ambitions de politiques locaux et des puissances régionales et internationales.

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En République centrafricaine, j’allais presque dire : on prend les mêmes et on recommence ! A savoir les acteurs de la grande crise ou guerre civile de 2013 l’ancien président centrafricain François Bozizé, d’une part, et le gouvernement actuel aux mains du président Touadéra.

Le premier, M. Bozizé donc, rentré au pays en 2019, tente par la force et par l’Ouest de récupérer un pouvoir que la Cour constitutionnelle du pays l’empêche de reprendre par l’élection présidentielle qui doit avoir lieu le 27 décembre.

La Cour a en effet invalidé sa candidature sous prétexte qu’il faisait encore l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre. Ce à quoi M. Bozizé répond que ce mandat a été émis par ses opposants aujourd’hui au pouvoir.

Bref, un méli-mélo d’ambitions croisées, d’accord de paix bafoué – le dernier date de 2019 -, et de milices reconstituées. Le camp Bozizé en compte pas moins de six ! Sans oublier le jeu des puissances étrangères dans un imbroglio qui peut très mal se terminer.

Des puissances étrangères en compétition

Il y a d’abord la France qui s’est désengagée en 2018 et pour une raison assez pragmatique d’ailleurs : la France est engagée ailleurs dans la région, entre Mali et Tchad, contre les djihadistes sahéliens et pensait la situation sous contrôle.

Comme la nature africaine a horreur du vide, le président Touadéra a fait immédiatement appel à la Russie, trop contente de remettre un pied en Afrique centrale – et même deux puisqu’il y aurait entre 300 et 500 “instructeurs” russes Bangui.

Mais ce n’est pas tout ! Des troupes rwandaises ont aussi été dépêchées pour soutenir le président Touadéra. Le Rwanda, c’est un peu le parrain régional : Kigali a mis en coupe réglée son voisin congolais et voit là une occasion en or d’étendre son influence.

Si en plus cette intervention russo-rwandaise peut tailler des croupières à la France, l’affaire devient juteuse. Le 4ème acteur, c’est bien sûr nous, la France, l’ancienne puissance coloniale qui peut être joue les uns contre les autres, histoire d’arbitrer à la fin.

Un balcon sur l’Afrique centrale et sahélienne

Quelquefois, il suffit d’ouvrir une carte : La République centrafricaine est ce qu’on appelle une “marche d’empire”. Un pays créé de toute pièce à l’époque coloniale pour séparer Belges, Britanniques et Français et confié à Paris par défaut.

Aujourd’hui encore, elle joue ce rôle très inconfortable de tampon. Pour la Russie, c’est une autre affaire : Moscou n’a pas les moyens de la Chine pour s’imposer en Afrique. La Russie a par contre une armée et assez peu de scrupules :

Contre son soutien au gouvernement Touadéra, elle a obtenu des concessions minières. Clair, net et précis. Quant à la France, elle ne veut tout simplement pas perdre ce magnifique balcon sur l’Afrique centrale et sahélienne. Paris y joue aussi son prestige.

Dans ces conditions, l’élection du 27 décembre aura du mal à se tenir sereinement et même si des solutions sont envisageables, il n’y a plus grand-chose de raisonnable à espérer pour les jours et les semaines à venir : trop d’enjeux, trop d’egos froissés.