Centrafrique : Les tribulations d’un pays renouant avec ses vieux démons

French | English

Par Isidore M’BAYO & Eve MALONGA

BANGUI [LNC] – Hier Dimanche, la capitale était d’un calme étonnant. Peu de circulation, peu de passants. La ville semblait sous le choc des derniers événements qui ont secoué le pays. Et les nouvelles peu rassurantes sur les intentions de la coalition rebelle – Séléka & Anti-Balaka ne sont pas là pour rassurer. Le gouvernement a cité le nom de François Bozizé, l’éternel putschiste, comme étant la tête pensante des troubles qui secoue le pays depuis une semaine.

Bozizé la tête occulte derrière tout ça….Ou pas ? Des preuves contre lui, si Kazagui le porte parole du gouvernement l’assure, Joachim Kokaté, conseiller spécial de la présidence, sur RT de confirmer par du flou artistique : “Nous avons les preuves. Il y a des images vidéos organisées par lui-même dans son fief à Bossangoa. En organisant le recrutement de jeunes centrafricains pour adhérer à son mouvement, et faire la coalition avec les groupes armés. En ramenant les mercenaires introduits dans notre pays en 2003 et en 2020.”

En somme, de preuves, ils n’en ont pas, et brodent dans le vide.

En tous cas, le KNK, le parti de Bozizé nie farouchement ces allégations gouvernementales.

DES FAISCEAUX DE FAITS SUR LE TERRAIN SEMBLANT IMPLIQUER BOZIZÉ, MAIS PAS DE PREUVES TANGIBLES L’INCRIMINANT

Toujours est-il qu’en début de semaine dernière, des hommes armés identifiés comme étant de Anti-Balaka, proches de Bozizé, et surtout venant de Bossangoa (son fief) et de Bozoum se sont rassemblés à moins de 200 km de la capitale. A Yaloké (à 200 km de Bangui) et à Bossembélé (160 km). Formant ainsi un bouclier d’assaut, prêt pour investir la capitale le moment venu. Tout au moins, pouvant servir d’argument de menace pour négocier.

Bozizé d’une prudence de sioux. Car son nom n’apparaît pas dans le mariage des carpes et des lapins entre ces anciens ennemis jurés que sont les Séléka et les Anti-Balaka; unis dorénavant dans la “Coalition des patriotes pour le changement” (CPC). Mais qui les a poussé dans ce mariage très circonstanciel ? D’aucun bien évidemment, sans hésiter, de pointer le doigt sur le crâne de Bozizé. le gouvernement en premier. 

LES MOUVEMENTS DE TROUPES REBELLES DANS LE PAYS

A l’évidence, les attaques des rebelles sont très coordonnées. Aux Anti-Balaka le soin d’attaquer dans les environs de Bangui (Yaloké, Bossembélé, Boda, M’Baïki….) et aux Séléka de s’assurer du reste dans l’arrière pays, en commençant par le Nord-Ouest.

Et même s’ils se sont opposés aux forces nationales, à celles des russes et à celles de la MINUSCA dans de sanglants combats, ces rebelles ne sont vraiment pas stoppés, ni éliminés. Car, comme le spécifie Camille Laffont, correspondante de l’AFP en RCA : “La mobilité des milices en brousse limite la capacité de riposte des casques bleus et de l’armée nationale, cantonnés aux axes routiers.”

ON NÉGOCIE ?

C’est au constat rapide d’une situation pouvant très vite empirer, que le gouvernement s’est rendu à l’évidence. Il sera très difficile d’éradiquer les forces rebelles. Comment réussir là où il a toujours échoué ? D’ou une très récente ouverture à la négociation entre des émissaires du gouvernement (Aboulkassim Algoni Tidjani Nourene et le russe Valery Zakarov) et les chefs de guerre rebelles.

Il en est ressorti  provisoirement, l’idée d’un cessez-le-feu, afin de figer la situation jusqu’au 24 décembre minuit. Mais les Anti-Balakas traînent des pieds, évoquant une ruse de plus de Touadera pour ainsi de nouveau truquer les élections, et qui par conséquence auraient alors théoriquement lieu dans un tel scénario.

Mais avec qui ? Comme politiquement parlant, les partis d’opposition n’y prendront pas part – Ils ont cessé de faire campagne – la donne électorale dans l’impasse semble très compromise.

LIRE AUSSI : Centrafrique : L’opposition exige le report des élections du 27 décembre pour insécurité aggravée et menaces sur des candidats [Pdf]

© Décembre 2020 – LAMINE MEDIA – Tous droits de reproduction réservés