Centrafrique : Dossier Meckassoua, les magouilles pour qu’Alhissen Algoni prenne sa place au Parlement

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Par  Isidore M’BAYO

BANGUI (LNC) – Ibrahim Ould Alhissene Algoni, candidat malheureux à la députation de la 2ème circonscription du 3ème arrondissement de Bangui (PK5) contre Karim Meckassoua, prend la place de ce dernier, suite mercredi 11 août, à l’acceptation de sa requête auprès de la Cour Constitutionnelle de le remplacer. La Cour ayant décidé de l’annulation des résultats obtenus par Abdou Karim Meckassoua. Et prononcé sa déchéance en tant que député de la nation. Alhissene Algoni, à la base candidat indépendant, ne l’est plus, car entre temps opportunément devenu membre du Mouvement cœurs unis (MCU, au pouvoir).

La Cour Constitutionnelle a étayé sa décision par la mise en évidence selon elle, de relations douteuses d’Abdou Karim Meckassoua avec les groupes armés, dans son rapport paru le 25 juin dernier. Elle  a mis également en exergue un avis de poursuites judiciaires du cabinet d’instruction numéro 1 en cours, pour complicité d’atteinte à la sûreté de l’État.

Alhissene Algoni a déposé sa requête auprès de la Cour en se basant sur un rapport d’experts indépendants de l’ONU qui citait Karim Meckassoua comme un des instigateurs de la rébellion de la CPC.

Cependant, une très étonnante décision, prise et annoncée en l’absence de la présidente de la Cour et de plusieurs autres juges.

UNE DÉCISION IRRÉGULIÈRE ET UN COMPLOT

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la décision de destitution de Meckassoua, rendue publique le 12 août dernier, mais décidée le 10, fut tout, sauf régulière. En effet, seuls quatre des neufs juges votèrent pour la décision. Etant entendu qu’ils n’étaient que 5 en séance. L’un d’entre eux est décédé et n’a pas été remplacé, deux autres membres n’ont pas assisté à la totalité des débats. Et même la présidente de la cour Danielle Darlan était absente. Selon nos sources, ce fut une mascarade orchestrée par le Palais de la Renaissance. Et Danielle Darlan refusait d’en faire partie en ne venant pas.

Déclaration de Jean Pierre Waboé, vice-président de la Cour constitutionnelle à l’issue de l’audience :

«Considérant qu’au moment où la Cour rendait sa décision le 29 juin 2021, elle n’avait pas connaissance du rapport des experts du Conseil de sécurité de l’Onu, et l’avis de poursuite judiciaire du cabinet d’instruction N°1… qu’ainsi le moyen soulevé étant d’ordre public, il y a lieu d’invalider les résultats obtenus par Méckassoua Abdou Karim aux élections législatives partielles du 23 mai 2021 et de prononcer sa déchéance conformément aux dispositions de l’article 141 du Code électoral ».

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MECKASSOUA, TÊTE DE TURC DE TOUADERA

Cet épisode s’inscrit en droite ligne des nombreuses manœuvres du pouvoir en place pour nuire à l’ex président du Parlement, à l’instar des faux dossiers montés contre lui afin de le déchoir du perchoir de l’assemblée nationale. 

En effet, Abdou Karim Meckassoua sera destitué, à la suite en octobre 2018, d’une pétition mise en place par des députés pro-pouvoir (manipulés aux dires de certains par Touadera), qui l’accusait de détournements de fonds et de favoritisme. Ce qui ne fut jamais prouvé.

A l’époque, Meckassoua avait qualifié sa destitution de « misérable putsch » contre lui.

A là base des accusations de ces députés, il y’avait l’affaire dite des « kits de députés »,  dont Meckassoua en aurait détourné une partie des fonds destinés à les financer.

Blanchi par la Cour des Comptes

Or, dans son rapport, si la Cour des comptes critiquait très sévèrement la gestion financière de l’Assemblée nationale, elle spécifiait que la passation de marché – attribué avant l’élection de Meckassoua à la présidence de l’Assemblée – avait été « irrégulière ». La cour notant « un dépassement budgétaire de 111% » et de se questionner sur la « disproportion » entre le nombre de kits commandés et le nombre de députés – 1910 kits commandés pour 140 députés. Conclusion de la Cour : « Il s’agit d’un arrangement dont le seul but est d’augmenter le montant de la facture et d’en tirer un intérêt ». La Cour des comptes de pointer la responsabilité, non de Karim Meckassoua, mais celle de Jean-Symphorien Mapenzi, qui a, selon le rapport, « procédé à l’engagement de la dépense sans disponibilité de crédit », alors qu’il « n’est pas l’ordonnateur des dépenses de l’Assemblée. »

Il en est de même avec la présente accusation de collusion avec des forces terroristes, justifiant une prétendue atteinte à la sûreté de l’Etat.

Maître Arlette Sombo-Dibélé, l’avocate de Karim Meckassoua, de dénoncer “‘une décision politique”, non fondée en droit et de « forfaiture ».  Par ailleurs, elle estime que la requête d’Alhissene Algoni fut déposée en dehors des délais légaux. Précisant que le rapport des experts n’étant pas un texte juridique, et d’ajouter que ce même rapport avait déjà été rejeté par les autorités publiques.

L’avocate conclut enfin que le premier tour dans cette circonscription en décembre 2020 avait été annulé, faute de bulletins dans les bureaux de vote.

Et comme aucun recours national n’est possible dans ce dossier brûlant, l’avocate réfléchit à la possibilité de saisir la Cour africaine des droits de l’homme.

LA MAIN MÊME PAS OCCULTE DES RUSSES

Le bras de fer entre Karim Meckassoua et Faustin Touadéra a vraiment démarré en octobre 2018, quand un groupe de députés à la solde de Touadera portaient une accusation contre Meckassoua pour entre autres « gestion patrimoniale et clanique ».

La motivation fut que  Karim Meckassoua, à l’époque président de l’Assemblée nationale (PAN), avait usé de son droit, en vertu de l’article 60 de la Constitution, pour contester l’adoption forcée (comme c’est souvent le cas à Bangui) au Parlement de certains contrats miniers et forestiers en faveur des russes.

Ce qui avait déclenché la colère de Valery Zakharov, l’influent conseiller de Touadéra, qui dès lors mis sa tête à prix.

6 mois plus tard, Meckassoua sautait.

MECKASSOUA CERVEAU DE LA CPC ?

Selon le rapport des experts indépendants de nations unies sur la République centrafricaine, rapport sur lequel la Cour Constitutionnelle se fonde pour destituer Meckassoua, ce dernier serait le penseur et tout du moins, un des fondateurs de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), une fédération de groupes armés terroristes dans le pays. Avec la complicité des français. 

Or ce rapport est douteux, car ne se fondant que sur les dires très discutables  d’ex-Séléka, désormais devenus des proches du pouvoir actuel. Citons notamment entre autres Abdoulaye Hissen et  Hassan Bouba. Des propos sans fondement, venant d’individus à crédit nul.

L’étonnant dans l’affaire est que, il y a encore peu, le gouvernement centrafricain ne considérait les rapports des experts onusiens que comme des ramassis de mensonges et des manœuvres de déstabilisation du Centrafrique. Mais là, soudainement, il fait dans le tri sélectif.

IL Y A QUOI DANS CE RAPPORT ? LIRE SES 188 PAGES

Rapport final du Groupe d’experts sur la République centrafricaine reconduit dans son mandat par la résolution 2536 (2020) du Conseil de sécurité (S-2021-569)

 

DEUX AUTRES DÉPUTÉS DANS LE COLLIMATEUR DE LA DICTATURE DE BANGUI

Il s’agit d’Anicet Georges Dologuélé et de Martin Ziguélé. Fin mars dernier, avec Karim Meckassoua, ils avaient été interdits de sortie de territoire, par le pouvoir de Bangui. Leurs passeports avaient même été saisis à l’aéroport.

De nos sources, il y a quelques semaines, une réunion secrète sur initiative présidentielle avait eu lieu dans un endroit tenu également secret entre des séides présidentiels, afin de trouver les angles d’attaque pour pouvoir bouter hors du Parlement, Dologuélé, l’ennemi de toujours, et Ziguélé, désormais persona non grata.

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