TEMPÉRATURE : Combats France Vs Russie, dans la cour de récréation de la RCA. Et le Centrafrique dans tout cela ?

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Par Marie-Pierre COPPENS

BRUXELLES (LNC) – Difficile depuis 2018 d’échapper au bras de fer qui oppose sans discontinuité, la France et la Fédération de Russie à propos du Centrafrique. Comme s’ils s’affrontaient à coups de communiqués et de media interposés pour le contrôle d’un pays leur appartenant. La RCA sert de terrain de jeu à des enfants agités, se disputant tous les deux le même jouet. C’est la France qui avait allumé le feu en premier, en accusant la Russie de faire main basse sur la RCA. Elle est très mal placée pour cela. Durant plus d’un siècle, que faisait-elle en Centrafrique (anciennement Oubangui-Chari) ? La Russie n’a jamais colonisé la RCA. Démontage d’une fausse polémique.

Dans ce monde devenu très médiatique, la Presse l’est également aussi devenue, volontairement ou à son corps défendant, le premier outil de propagande des pays en confrontation. Des informations peuvent être biaisées, orientées, manipulées, oubliées, afin de défendre une cause. Notre consœur  Fanny MINAO-N’DIAYE avait ainsi mis à mal un article très manipulateur de Gaël Grilhot pour RFI. Car croire à l’objectivité d’un media, c’est illusoire.

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Ainsi, la Presse  en France comme en RCA, réagit de manière dichotomique. Elle est selon, pro-français, ou anti-Russe et vice versa. En France, pas de souci, comme un seul homme, la presse réagit complaisamment en supplétif pour la défense de la Nation.

En Centrafrique, l’embryon de Presse existante, d’avantage des blogs, réagit de même : Pro ou anti, selon les intérêts financiers de leurs rédacteurs en chef. 

LA DIABOLISATION

Les politiciens français, Jean-Luc Le Drian en tête, n’ont jamais eu de mots assez fort pour dénoncer “l’invasion russe en Centrafrique”.

Emmanuel Macron le président français, aussi de s’y mettre. Dans une interview publiée le dimanche 30 Mai 2021 dans l’hebdomadaire français le JDD, il déclarait : « Ce discours anti-français permet de légitimer une présence de mercenaires prédateurs russes au sommet de l’État avec un président Touadéra qui est aujourd’hui l’otage du groupe Wagner », ajoutant que « ce groupe s’empare des mines et, par là même, du système politique ».

Des propos qui avaient suscité de vives réactions à Bangui.

Car, 1 – De quoi je me mêle ? La RCA n’est pas une sous préfecture française. C’est un pays auto-déterminé, libre de faire ses propres choix pour sa destinée. A tort ou à raison.

2 – Macron doit avoir la mémoire qui flanche, parce qu’en matière d’intrusion et de négation de l’indépendance de la RCA, la France est en première ligne. Depuis la factice indépendance de la RCA, c’est elle qui y fait et défait les tyranneaux du moment, et ce, sans exception. Aucune élection régulière n’a jamais eu lieu en Centrafrique. La France s’employait à chaque fois pour les truquer.

3- En décembre 2018, l’hebdomadaire français LE POINT écrivit ceci : “L’opération Barracuda déclenchée en 1979 par le président Giscard d’Estaing pour destituer Bokassa avait un objectif précis.” Ah oui, lequel ?  

4- à l’ONU, surnommée par nous, “l’organisation des nations désunies”, c’est la France qui rédige les résolutions sur la RCA, qui incite le Conseil de sécurité à maintenir un absurde embargo sur les armes.

Au nom de quoi ? Si ce n’est pour toujours garder la main sur la RCA ?
Elle est donc très mal placée pour donner des leçons aux russes sur le sujet.

5- Quel souvenir du passage de ses troupes de la Sangaris dans le pays ? Une catastrophe. Elles ont, non seulement rien résolu sur le terrain, et pire elles se seront illustrées par des viols massifs de femmes et de mineur(e)s.  Et comble du sens de la justice à la française, le Tribunal de Paris blanchira tous les violeurs de la Sangaris.  Difficile après cela d’espérer l’amour des centrafricains.

6- Au-delà du cas centrafricain, juste à côté, au Tchad. Après l’assassinat très mystérieux d’Idriss DEBY, l’ancien dictateur local, régulièrement soutenu par la France, contre tout sens démocratique, C’est son fils qui autocratiquement prend le pouvoir, à la Romaine (principe voulant que le fils succède au père). Le fiston est même adoubé par la France qui a tout fait pour la « reconnaissance » internationale de son Comité militaire de transition (CMT).

N’est-ce pas là encore une intrusion dans les affaires des autres ? 
Et de reprocher aux russes ce qu’elle même pratique depuis des décennies. La FRANÇAFRIQUE n’est pas une fiction, mais un système de corruption pour la mise sous tutelle des pays africains francophones. 

7- Le Franc CFA qui depuis 1939 place les économies africaines sous son joug, est un frein dirimant absolu pour le développement des pays qui l’utilisent. C’est mécanique. Tout pays utilisant cette monnaie, voit automatiquement sa croissance rabotée au profit du Trésor français. D’ailleurs, que signifie  F CFA ? Dans sa définition originelle c’est le « franc des colonies françaises d’Afrique ».  N’est-ce pas assez significatif ?

SOUS PRESSION, MANU PERD LES PÉDALES

Allons-nous bientôt parler du Printemps francophone, avec des contestations de la présence française en Afrique qui poussent ici et là ?

A Bangui, même si instrumentalisées  par Faustin Touadera, le nouveau dictateur des lieux, les manifestations anti-françaises reposent sur un fond de colère des populations. Les pousser à la fronde n’était pas bien difficile.

Au Mali qui subit son deuxième putsch en neuf mois, les manifestations anti-françaises ne manquent pas non plus. Certaines même appelant, comme en RCA, à la venue des russes. C’est dire… Face à tout cela, comment Emmanuel Macron a-t’il réagi ? Par la crispation. Et des menaces à tout va.

Le  30 mai il menaçait de retirer ses troupes du pays s’il n’y avait pas de retour à une légitimité démocratique. La bonne blague ! Y a-t’il des légitimités démocratiques au Gabon ? Au Congo-Brazza ? En Côte d’Ivoire ? Trois pays, entre autres sous tutelle françaises ? En RCA, il coupe un appui financier. Ce ne sont pas là les meilleures des stratégies pour espérer un retour en grâce dans ces pays, mais faire de la France un repoussoir. D’autant plus que le phénomène de rejet risque de faire boule de neige un peu partout.

LES SOVIETS AU PAYS DES BAMBOULAS

On peut sans se tromper, affirmer que c’est la France qui aura préparé le terrain aux Russes. Comme dit l’adage, les hommes du froid n’avaient plus qu’à tirer les marrons du feu. Bien avant leur arrivée, la détestation des français était déjà très palpable en Centrafrique.

Et de quoi se plaint la France maintenant ? Cela fait des années qu’elle a négligé ce pays, voire même méprisé. Les soldats de la Sangaris le qualifiaient même de “pays de chiottes”.

Quand on abandonne une ex, il ne faut pas se plaindre de la voir aller trouver son bonheur ailleurs.

Les Russes eux n’ont jamais traité la RCA par le mépris. Bien au contraire. Et ils ont époustouflé les populations en prenant en mains la sécurité du pays, et avec de grands succès. Ils ont réussi en un temps record, là ou, et les français, et les casques bleus ont échoué, pour des raisons diverses.

La contrepartie, outre de subir le barnum de leurs propagandes à la soviétique, c’est surtout l’accès aux richesses du sous sol centrafricain. Touadera dans des accords secrets leur ayant quasiment offert le pays.

Du coup, les centrafricains sont sourds aux nombreuses alertes sur les exactions des paramilitaires de la WAGNER sur des civils. D’autant plus que ces mercenaires tuent, avec le plein consentement de Touadera.

PLUS LOIN ?

Certaines critiques n’envisagent pas un avenir radieux pour la RCA sous le joug russe. Car c’est sortir de la gueule d’un loup, pour entrer dans celle d’un autre.

Les substrats de ce pays, l’un des deux plus pauvres du monde n’ont pas changé pour le mieux depuis plus de deux siècles, et ne sont pas près de l’être. Et la culture de la mendicité comme mode de gouvernance n’est que politique à très courte vue. Les ONGs n’ont pas vocation de se pérenniser dans un pays, mais de palier aux urgences temporaires. Pas le cas en RCA. Sans des prospectives de développement, aussi bien social qu’économique, le pays restera toujours pauvre, et la proie fragile des prédateurs du moment.

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