EDITORIAL : Entremet franco-russe, cette guerre que Macron a déjà perdu !

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Par Aline MPANGBA-YAMARA | Rédactrice en Chef de LNC

PARIS (LNC) – En juillet 2017, lors d’une conférence de presse en marge du G20, Macron clonait Sarkozy, avec son fameux discours de Dakar du 26 juillet 2007, “Les africains ne sont pas encore entrés dans l’Histoire,” lui, remettant le couvert, en parlant du problème de l’Afrique comme étant “civilisationnel”, postulant donc comme Sarkozy, qu’en un mot, les africains n’étaient que des primitifs. Et appuyant son assertion avec son bon mot à lui aussi :  «Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.»  Des mois plus tard à Ouagadougou au Burkina, il fera un léger rétropédalage (pourtant pas le genre de la maison) : «J’avais accolé l’adjectif civilisationnel, ce qui était une erreur de ma part». Mais le mal était fait. Car depuis, il est devenu inaudible en Afrique. Aussi, en attaquant les russes en Centrafrique de front, c’était peine perdue par avance. En Afrique, le messager est plus important que le message. Et en Centrafrique, certains déjà de le qualifier de “L’agité de l’Elysée”, qualificatif jusque là, accolé à Sarkozy. Décryptage.

En ne s’appuyant que sur des fiches de conseillers sur des dossiers que l’on ignore, à force, l’on ne peut s’en faire que des opinions biaisées, et se fourvoyer. Et les trois derniers présidents français, qui ignoraient tout des us, pratiques et coutumes des africains, quand ils ne s’en fichaient pas avant d’arriver au pouvoir, se sont tous, sur l’Afrique noire francophone, mis le doigt dans l’œil jusqu’à l’occiput.

Nicolas Sarkozy ne savait de l’Afrique  que les analyses éculées, racistes et très théoriques de colon attardé de son conseiller Henri Guaino

François Hollande, complètement hors sol sur l’Afrique, lui sera statufié sur place par son ex Ségolène Royal, elle “sénégalaise”, née à Dakar, avec un cinglant : “François ne sait rien de l’Afrique. Il ne peut en dire que des bêtises.” Ainsi, ses shows africains n’étaient que brassages de vent et démagogie, en surfant sur des artificialités lunaires.

Quant au “jeunot”, coutumier des provocations “Box to Box” comme disent les footeux anglais dans leur vocabulaire fleuri, il n’avait lui de l’Afrique que des idées rétrogrades et préconçues. Et étant sans frein, il pouvait délirer avec à souhait.

Mais là, face aux Russes en Centrafrique, le “choc des civilisations” est rude.
Comme le raciste Napoléon dont la seule tactique ne consistait qu’à foncer, il fonce lui aussi ! Et sans respect pour la dignité des africains, il se lâchait. Après tout, qu’est-ce qu’il risquait ? Aurait-il osé la même chose contre les américains en les traitant “d”idiots incultes et racistes ?” Jamais. Fort avec les présumés faibles, et faible avec les dits forts.

Jacques Foccart l’âme damnée de cet autre raciste que fut Charles De Gaulle, Foccart, l’architecte de la “FrançAfrique” n’était pas un idiot. Mais un terrible manipulateur qui n’aurait jamais commis l’erreur de mépriser les africains, ses “clients” à la base de l’enrichissement de la France sur plus d’un siècle. Lui, tout au contraire, copinait avec eux. 

Pour mieux les soumettre, Foccart savait caresser les africains dans le sens du poil pour parvenir à ses fins; surtout ses leaders qu’il installait au pouvoir, ou les désinstallait (souvent de manière sanglante) au gré de ses caprices et des intérêts supérieurs de la France.

LES AFRICAINS SONT BÊTES !

C’est grâce à l’experte perfidie de Foccart, que jusqu’à ce jour, les africains honorent encore stupidement Charles De Gaulle.

Des lycées Charles De Gaulle, des avenues Charles De Gaulle, et on en passe, existent toujours dans les pays africains. Il y a bien un Lycée Charles De Gaulle à Bangui non ? Bokassa n’a-t’il pas changé le nom de la ville de KOUI (Ouham-Pendé) en celui de DE GAULLE ?

Mais lui De Gaulle, que pensait-il de ces négros qui l’aiment tant ? Ceci :

” Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux : il y a des nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Et puis tout cela n’a aucune espèce d’intérêt ! Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. “

(Entretiens avec Jacques Foccart, 8 novembre 1968. cité dans ses Mémoires, tome 2.
 Le Général en mai. Journal de l’Élysée. 1968-1969, éd. Fayard/Jeune Afrique)
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Et cette mentalité perdure jusqu’à nos jours. Où trouve-t’on le plus grand nombre d’espions français ? En Afrique noire. Et pour y faire quoi ? Garantir la pérennité de l’hégémonie françaises dans ces “colonies”, comme nous l’expliquait un diplomate belge à Bangui. “La France les maintient sous apnée, juste à peine en état de survie et de dépendance, la tête à peine hors de l’eau, et pas plus. Les aides sont factices. Quand la France donne 10 F aux africains, elle récupère 30 derrière. Aucun des pays sous zone du F CFA ne se développera. Cela n’arrivera jamais,” ajoutait-il. Cette volonté de constante mainmise post-coloniale est bien visible à Bangui, avec la présence à l’aéroport de Bangui d’un bataillon de soldats français, chargé du contrôle de cet aéroport, sous de nombreux et fallacieux prétextes.
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LES DONNÉES INATTENDUES 

Macron doit être sincère en déclarant vouloir en finir avec la Françafrique. Mais il ne sait pas s’y prendre face à de terribles pesanteurs. Pour ne citer que celles des entreprises françaises, comme TOTAL, qui exploitent le continent de manière très juteuse depuis des éons.
Il ne réglera rien, en prenant le dossier par le haut, à la “Jupiter”.
Car tout au contraire, comme c’est le cas actuellement, il se perd dans des contradictions insolubles opposant la défense des intérêts de son pays, à sa volonté d’émancipation des pays francophones. 
Et dorénavant, la présence russe, pour ne parler que du cas de la RCA, a réveillé ses réflexes “gaulois” d’enfant gâté à qui des étrangers lui auraient retiré ses jouets. 
Cependant, en déclarant hier Dimanche au “Journal du Dimanche (JDD)” en France  : « Ce discours anti-français permet de légitimer une présence de mercenaires prédateurs russes au sommet de l’État avec un président Touadéra qui est aujourd’hui l’otage du groupe Wagner », avant d’ajouter : « Ce groupe s’empare des mines et, par là même, du système politique, » il n’a pas tort.
Mais ça solutionne quoi ? 
Les centrafricains sont- déjà sous hypnose collective de la puissante propagande russe.
Les défenseurs des russes à Bangui, probablement instrumentalisés par le pouvoir en place, organisent quasi quotidiennement des marches de soutien à leur gloire. 
Aujourd’hui, dans le pays, oser une critique, même fondée contre les russes, c’est assurément se prendre une volée de bois vert en retour.
Pourtant, Joseph Bendouga, député du Mouvement démocratique pour la renaissance et l’évolution du Centrafrique (MDREC), habituel poil à gratter de Touadera, d’échapper à la lobotomisation collective : « Le président (Touadera) se raccroche à la Russie comme un naufragé qui s’accroche à un crocodile. »
Lui peut le dire, mais pas Macron dont la crédibilité en RCA est nulle. En s’attaquant frontalement aux russes, il ne fait que cristalliser les crispations anti-françaises. Le Drian s’y était exercé en diabolisant lui aussi les russes, en vain, peine perdue. La Presse française ‘couchée” comme dirait “Le Canard Enchaîné” s’y attelle aussi par des articles systématiquement orientés anti-russe, en vain. De toutes les manières, personne ne la lit en RCA. 
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Macron en guerre, s’entête. Déjà que, comme LNC l’avait publié, lors de sa toute première rencontre avec Touadera à Paris, le courant ne passait pas. Une détestation mutuelle s’était immédiatement installée. Là, c’est la grande glaciation. Il punit la RCA en coupant les habituelles aides budgétaires.
Touadera s’en fout, con-vaincu d’avoir l’appui financier russe en com-pensation sous peu.
Ainsi, en isolant Bangui, Macron fait les affaires des russes.  Au lieu d’y aller mollo, de patiemment négocier, son tempérament de feu prend le dessus, et il se braque.  La solution Foccart d’envoyer des barbouzes pour dézinguer qui dérange serait mal vu à l’international.
Quoique, l’interrogation demeure sur le mystérieux assassinat au Tchad d’Idriss DEBY, juste après qu’il ait osé durant la campagne électorale déclarer vouloir dégager le Tchad du joug français. Une rhétorique habituelle chez lui. Mais là, cela lui fut fatal. En RCA, vouloir éliminer Faustin Touadera serait ouvrir une boîte de Pandore dont personne n’en connaît les conséquences. Moscou pourrait se radicaliser, et pour le coup s’en prendre très brutalement aux intérêts français en Afrique. Macron est peut être un excité, mais pas complètement fou. Et puis il n’a pas le tempérament d’assassin d’un De Gaulle.
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Et anticipant un effet boule de neige dans la francophonie africaine, au Mali déjà, c’est le cas, Macron se met à draguer dans les pays anglophones, le Rwanda (francophone avant), et l’Afrique du Sud récemment. A gager qu’il fera les yeux doux aussi sous peu au Kenya, et au Ghana.
Fin du match, balle au centre, les Russes  ont gagné par abandon !

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