ENQUÊTE/Reportage : Lancement de la campagne de vaccination contre la COVID-19

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Le Ministre de la Santé Pierre Somse se fait vacciner lors de la cérémonie de lancement de la campagne nationale de vaccination contre la COVID-19 dans la capitale Bangui. ©MINISTERE DE LA SANTE/Jean-Louis DA, Bangui, CAR, 2021.

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Le gouvernement centrafricain a officiellement lancé le 20 mai 2021 la campagne de vaccination contre le COVID-19 avec l’appui des partenaires, notamment l’OMS, l’UNICEF et GAVI. La campagne a commencé par la vaccination symbolique des membres du gouvernement et des agents de santé. Le premier lot de 60 000 doses est réservé au personnel de santé de première ligne et aux personnes vulnérables âgées de 50 ans et plus dans Bangui, le point chaud de l’épidémie, et se prolongera jusqu’au 23 juin. Il s’étendra progressivement à d’autres régions du pays lorsque davantage de doses seront disponibles. Le pays bénéficie du déploiement mondial de vaccins à travers la facilité COVAX, avec au moins 372 000 doses, selon les dernières prévisions de distribution, en plus des dons bilatéraux annoncés. Le 21 avril 2021, les Nations Unies ont lancé une campagne de vaccination pour son personnel et le personnel des ONG internationales éligibles partenaires en République centrafricaine (RCA) dans le cadre de son devoir de diligence. Un mois après le lancement, plus de 6 700 membres du personnel ont déjà reçu leurs premières doses du vaccin.

Réponse à la deuxième vague

A la veille du lancement de la campagne, le président Touadéra a annoncé le 19 mai qu’une urgence de santé publique serait déclarée et un certain nombre de mesures prises pour intensifier les efforts visant à contenir la deuxième vague de COVID-19, qui frappe le pays depuis la mi-mars. Des mesures barrière plus strictes dans les lieux de rassemblement tels que les restaurants, les bars, les lieux de culte, les mariages, les funérailles et les transports en commun seraient annoncées, ainsi que leur renforcement plus rigoureux. Au 26 mai 2021, le ministère de la Santé avait enregistré 7085 * cas de COVID-19, dont 98 décès. Au cours des quatre premiers mois de 2021, six fois plus de cas ont été confirmés qu’au cours des quatre derniers mois de 2020 – 1 571 cas contre 259 – et le nombre de morts a augmenté de 44%, passant de 63 à 91. L’aggravation de l’épidémie concerne tout le pays. Plusieurs villes précédemment épargnées ont également signalé des cas, notamment Kabo (préfecture de l’Ouham), Kouango (Ouaka), Bangassou (Mbomou), Ndélé (Bamingui-Bangoran), Birao (Vakaga) et Obo (Haut-Mbomou). Au-delà des zones urbaines, la COVID-19 se propage profondément dans les villages.

Un environnement favorable 

Une enquête récente menée par l’ONG Ground Truth Solutions a indiqué que les centrafricains sont prêts à se faire vacciner contre la COVID-19 et pensent que le vaccin aidera à éradiquer le virus, malgré un certain scepticisme et des informations erronées qui persistent. Les partenaires humanitaires et de développement soutiennent le Ministère de la santé dans l’élaboration d’une campagne de communication pour informer et encourager la population à se faire vacciner et lutter contre la propagation de fausses informations sur le vaccin.  

Des défis à tous les fronts 

La Centrafrique sort d’une année au cours de laquelle les besoins humanitaires ont exponentiellement augmenté. Jamais au cours des cinq dernières années il n’y a eu autant de personnes dans le besoin aigu qu’aujourd’hui. La pandémie a frappé un pays déjà ravagé par des décennies de conflit armé et de sous-développement. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la République centrafricaine était parmi les pays les moins préparés à faire face à la pandémie. Une série de facteurs aggravants rendent le pays à la fois vulnérable et la réponse à la pandémie difficile.  Tout d’abord, le système de santé fonctionne à peine, en raison d’une pénurie chronique de personnel de santé qualifié, d’équipements médicaux et de médicaments de base. 70% des services de santé sont fournis par des organisations humanitaires et plus de 2,5 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d’une assistance sanitaire. Un Centrafricain sur quatre doit marcher pendant plus d’une heure pour atteindre la clinique la plus proche et, pour beaucoup, les factures des consultations et des médicaments sont inabordables. Seul un Centrafricain sur trois a accès à l’eau potable, à des toilettes et à une douche. Et pour beaucoup, le savon est un produit de luxe. L’accès à l’eau et à l’assainissement est particulièrement problématique sur les nombreux sites où vivent 194 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI), souvent dans des abris de fortune surpeuplés où la distance physique n’est pas praticable. L’approvisionnement en équipements de protection et dispositifs médicaux pour diagnostiquer et traiter les patients atteints de la COVID-19 avait posé un sérieux problème, en particulier au début de la pandémie. L’insuffisance des infrastructures routières et la saison des pluies qui dure six mois perturbent les chaînes d’approvisionnement dans une majeure partie du pays. L’insécurité entrave davantage l’accès aux services et la possibilité pour les humanitaires d’atteindre les personnes ayant besoin d’assistance. Le manque cruel d’infrastructures de la chaîne du froid entrave encore davantage l’approvisionnement en médicaments dans tout le pays.

Une réponse humanitaire sans précédent

Face à ces défis sur tous les fronts, les organisations humanitaires et les acteurs du développement avaient intensifié leur soutien au Ministère de la santé depuis mars 2020 pour apporter une réponse globale et décentralisée, et pour renforcer le système de santé publique et l’accès à l’eau et à l’assainissement. Près d’un tiers du budget de 553,6 millions de dollars alloué à l’assistance humanitaire en 2020 a été consacré à la réponse à la COVID-19.

Ainsi, les partenaires humanitaires ont amélioré l’accès aux soins de santé pour plus de 938 000 personnes et l’accès à l’eau et à l’assainissement pour 770 000 personnes, dont de nombreuses personnes déplacées. Pour atténuer les effets de la pandémie sur la sécurité alimentaire, les organisations humanitaires ont procédé en 2020 à des distributions de nourriture pour 900 000 personnes vulnérables et le soutien agricole a aidé 170 000 agriculteurs à produire leur propre nourriture et à augmenter leurs revenus.

Adapter les modalités d’assistance

Les interventions en espèces sont devenues une modalité d’assistance privilégiée qui évite les grandes foules et offre un espace plus sûr pour l’assistance humanitaire en période de pandémie. Avec 48 % de bénéficiaires supplémentaires atteints en 2020 par rapport à l’année précédente, l’assistance en espèces a connu une forte augmentation. Plus de 375 000 personnes ont reçu 11,6 millions de dollars pour une assistance multisectorielle liée à la COVID, en espèces ou en bons d’achat, avant tout pour améliorer l’accès à l’eau et l’hygiène.

* Compte tenu des capacités de test limitées, la stratégie de diagnostic du gouvernement, depuis juillet 2020 limite les tests aux cas suspects et aux personnes à risque. Ainsi, le nombre de cas confirmés de COVID-19 doit être interprété avec prudence. A titre d’illustration, seules 54 535 personnes ont été testées au 25 mai 2021.

Source : OCHA