ENQUÊTE/Reportage : La menace croissante des engins explosifs

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Un casque bleu analyse un lieu où des engins explosifs ont été trouvés en Avril sur la route Bocaranga-Bouar dans l'ouest. ©MINUSCA, Centrafrique, 2021

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Les incidents impliquant des munitions explosives ont pris des proportions croissantes depuis la mi-avril 2021, en particulier dans l’ouest de la République centrafricaine (RCA) – une région où le conflit s’est intensifié.

Une accumulation alarmante 

Au moins 11 personnes ont été tuées par des engins explosifs, dont huit civils, et quatre blessés dans cinq accidents dans la préfecture de la Nana-Mambéré, dans l’ouest du pays, entre le 20 avril et le 16 mai 2021. Le 16 mai, trois jeunes hommes ont été immédiatement tués alors que leur motocyclette roulait au-dessus d’un engin explosif à 10 km d’Elewa dans la Nana-Mambéré. La force de l’explosion a rendu les restes de leurs corps méconnaissables.

Un véhicule blindé de la MINUSCA a également roulé sur un engin explosif le 26 mai à Dilapoko dans l’ouest. Deux casques bleus ont été légèrement blessés, et le véhicule gravement endommagé. Les victimes les plus récentes sont diverses – une famille, des marchands, des éléments armés et un prêtre. Les engins explosifs qui explosent en raison de la présence, de la proximité ou du contact d’une personne ne peuvent pas faire la distinction entre les civils et les combattants, ce qui soulève d’importantes préoccupations concernant les principes de distinction et de proportionnalité en vertu du droit international humanitaire. 

Les rapports provenant du centre du pays relatifs aux incidents impliquant des engins explosifs sont encore plus récents. Le 18 mai, une jeune fille de 16 ans et un homme ont été blessés par des engins explosifs sur la route entre Bambari et Ippy dans la préfecture de la Ouaka. Les victimes ont été référées vers un hôpital de Bambari. 

En juillet 2020, l’utilisation présumée de mines antichars a été signalée pour la première fois dans le pays depuis la création de la MINUSCA en 2014. L’un des dispositifs suspectés a endommagé un char de la MINUSCA près de la frontière avec le Cameroun. Depuis, après un calme relatif, le problème a pris des dimensions dangereuses à partir d’avril 2021 avec de graves conséquences pour les civils.

Restriction de l’accès humanitaire et des activités socio-économiques 

La présence présumée d’engins explosifs limite gravement l’accès humanitaire aux personnes vulnérables dans un contexte déjà marqué par des restrictions d’accès en raison de conflits armés et de contraintes physiques. Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime que plus de 50 000 personnes dans la Nana-Mambéré ont un besoin criant d’eau, d’assainissement et d’abris, plus de 1 500 enfants malnutris attendent de recevoir des compléments alimentaires et 5 800 autres ont besoin de vaccination mais ne peuvent être atteints en raison du danger que représentent des engins explosifs présumés.

Avec d’autres axes dans la Nana-Mambéré, les routes Baboua-Abba, Gallo-Abba, Bouar-Niem-Yelewa et Bouar-Bocaranga sont considérées comme des zones à haut risque en raison de la présence présumée d’engins explosifs et restent pratiquement impraticables pour les humanitaires et les civils.  

Les villes et villages des zones où l’on soupçonne des engins explosifs risquent d’être coupés des approvisionnements alimentaires et non alimentaires, du commerce, des services sociaux et de l’aide humanitaire, si les risques d’explosion potentiels persistent. Les engins explosifs limitent également l’accès des personnes aux champs pendant cette période de semis, aux lieux de travail, aux revenus et aux services tels que les soins de santé et l’éducation.

Protéger les civils et les travailleurs humanitaires 

Fin mai, deux équipes de neutralisation des explosifs et munitions de la MINUSCA surveillaient et déblayaient l’axe Baboua-Bondiba-Nguia-Bouar parallèle à la frontière camerounaise – un processus lent et dangereux. Le Service de l’action antimine des Nations Unies (UNMAS) a formé aux risques des munitions explosives plus de 400 membres du personnel des Nations Unies et des ONG dans deux hubs humanitaires (Bouar et Bangui). L’UNMAS et la MINUSCA renforcent leurs capacités au cours des prochains mois pour mieux répondre à la menace. Des fonds supplémentaires sont maintenant nécessaires de toute urgence pour reprendre l’éducation aux risques pour les femmes, les hommes et les enfants dans les régions touchées du pays. Le Cluster Protection plaide pour la reprise de l’éducation au risque des mines pour la population; une activité que des ONG telles que DanChurchAid (DCA) et la Fondation suisse pour l’action contre les mines (FSD) ont menée entre 2014 et 2018 en RCA.

Source : OCHA CAR