TEMPÉRATURE : Faustin TOUADERA, le prototype du petit dictateur sous toutes les coutures

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Par  John SILVER & Firmine YABADA | LNC  UK

BATH [LNC] – D’un diplomate belge à Bangui se confiant à LNC sous anonymat : “La question dans ce pays à plus de 80% analphabète ne se pose pas sur la crédibilité de l’homme au pouvoir actuellement dans le pays. Il y fait ce qu’il veut, comme personne de la communauté internationale sur place ne le contredit, et qui même l’acclame. Il a annulé la séparation des pouvoirs en corrompant les députés. L’Assemblée nationale n’étant plus qu’un club de godillots à sa solde. Nous ne sommes pas dans un pays démocratique, mais dans une dictature, comme ailleurs, au Tchad, au Congo Brazza ou au Cameroun.  Ce n’est pas rassurant pour l’avenir.”

Lorsqu’il avait imposé un état d’urgence de 15 jours, il s’en justifiait en expliquant que ce serait plus rapide pour arrêter les ennemis du pays, sans perdre du temps avec les tracasseries de la justice. En somme, il s’attribuait  de facto également le contrôle sur le pouvoir judiciaire, avec toutes ses conséquences d’arbitraire. Ce qui n’a pas manqué. Et le totalitarisme de depuis se prolonger, avec une extension de l’état d’urgence de 6 mois. Ce qui fait craindre la pérennité de dénis des libertés fondamentales des citoyens.

Conséquences visibles, des arrestations arbitraires, notamment d’officiers de l’armée estimés être des fortes têtes, pour un nettoyage clinique des FACA.

Le pays dorénavant devient une prison à ciel ouvert pour ses opposants politiques. Aucun n’a autorisation de quitter le pays sans son feu vert ou de celui de ses subordonnés. Et d’autres personnalités influentes dans le pays, comme celles de la société civile sont sous surveillance permanente.

Il avait demandé les mises sur écoute de ses adversaires, sans réelle justification, mais les français d'”Orange” s’y étaient opposés.

Les rares media locaux sont sous actives surveillances. La majorité des journalistes asphyxiés financièrement, plient sous les “directives” du Palais. Quand ils ne sont pas soudoyés pour servir de porte voix à la propagande présidentielle. 

Une cellule a été mise en place au Palais, constituée de gnomes sur les réseaux sociaux, afin d’y griotiser la bonne parole du Grand Timonier tropical, et de chanter ses louanges.

SANS LIMITES, TOUT EST PERMIS

L’étonnant de l’affaire soit que toutes ses dérives liberticides ne dérangent aucunement la communauté internationale, dont la survie du pays dépend à quasiment 100%. L’Union européenne comme les autres, de continuer à se comporter avec lui comme si tous ses agissements obéissaient à des logiques démocratiques. Seul la France par la voix de son ambassadeur sur place d’oser avouer un : “Nos rapports avec le pays ne sont pas actuellement très simples.”

Comme pour le slogan publicitaire d’une célèbre boisson gazeuse autrichienne, “Les russes, ça donne des ailes !” 

Les apparences à tout va.

La République centrafricaine vit actuellement la plus grave crise humanitaire et sécuritaire de toute sa courte existence.
Les alarmes des organisations humanitaires sont très inquiétantes. 80% de la population vit dans la famine. plus d’un tiers de cette population est devenu exilés internes et externes. En économie, l’inflation bat des records (fait difficilement chiffrable selon l’Observatoire centrafricain économique et social, du fait de la dilution du F CFA dans l’Euro, assurant une parité fixe de cette monnaie de singe), sans parler des pénuries alimentaires sur les marchés.

C’est sur un Etat désespérément failli, simple expression géographique que règne un dictateur à la petite semaine, appuyé militairement et aveuglément par des forces russes et rwandaises, comme paravents de fictive puissance. Et les griots de s’en enorgueillir avec le slogan “WIN NA WIN” (Le fer, par le fer). Ou celui de Fidèle Gouandjika, le griot en chef au Palais : “I MÜ NDO KWE” (On contrôle tout). 

Or, c’est une situation de dangereux autisme à laquelle s’adonne ce pouvoir dictatorial, en se coupant méthodiquement de ses alliés d’antan. Les ennemis sont clairement ciblés : les organisations africaines, la CEMAC, L’UNION AFRICAINE, la CEEAC, mais aussi la FRANCE, tancée comme cause de tous les malheurs du pays. Difficile de ne pas voir la MAIN DE MOSCOU derrière ces puériles agitations, tant “l’entremet Franco-Russe” vit actuellement des moments relationnels très délicats.

IRRATIONALITÉS

Les apparences, encore les apparences. Autre métaphore publicitaire, c’est comme le “Canada Dry”, “ça a le goût de la démocratie, mais n’en emprunte que les apparences.”

Des lois sont votées, enfin, par acclamations par les députés, comme celle pourtant très importante de l’égalité des genres.  Mais jamais mise en application. D’ailleurs il n’existe aucun décret d’application de cette loi. Et ce serait difficile, avec un pays où la polygamie est tolérée, ce qui s’oppose frontalement à la dite loi. Et avec Faustin TOUADERA soi-même tête de gondole des polygames, aucune chance de voir un jour s’appliquer en RCA, l’égalité entre les hommes et les femmes.

Des lois également ont été votées pour la protection des enfants. Mais là non plus, jamais appliquées. Le pays étant même l’endroit le plus dangereux de la planète pour leur bien être. Près de 1,3 million d’enfants centrafricains sont sous nutris, orphelins, objets sexuels et sans soins minimaux.

CONCUSSIONS, COPINAGES, CLIENTÉLISME ET CORRUPTIONS 

Un “vieux” comme on dit au pays de nous avouer dans un triste sourire : “Avec lui-là, même Bokassa est battu. Bokassa au moins pensait à son peuple, malgré sa sanguinaire mégalomanie. Touadera c’est pire, il ne pense qu’à lui-même et à ses copains. “Nzapa a grissa i awe” (Dieu nous a  abandonné).”

Dans la culture des apparences, cette bonne vieille habitude centrafricaine de masquer la poussière sous le lit, le 30 mars dernier, citons un ministre enthousiaste voyant Touadera prêter serment pour son second mandat, “Le président vit là le plus grand moment de sa vie, et pour celui du pays.”

Il oublie juste que derrière ces parades artificielles dont ils sont si friands, le budget du pays, toujours déficitaire, ne dépassant même pas celui d’une petite ville de province en France, ne permet pas de payer les années d’arriérés de salaires endémiques des fonctionnaires. Ne permet pas de faire face au minima des devoirs régaliens du pays.

L’autorité de l’Etat n’étant qu’une simple fiction, même dans les zones sous contrôle étatique.

Sur la sécurité, c’est un diplomate français à Bangui qui nous l’avoue sous anonymat :  “Le dilemme dans la guerre contre la CPC, c’est que l’on ne fait que déplacer un problème d’un point A vers un point B. Une ville est reprise, mais les rebelles n’auront fait que de s’éloigner un peu plus loin, pour revenir plus tard. On le voit bien à Bozoum par exemple. Les autorités centrafricaines n’ont pas la capacité d’instaurer durablement l’autorité de l’Etat dans ces villes où les infrastructures étatiques sont déjà vétustes. Avec les rares fonctionnaires en place, plus occupés à aller aux champs pour survivre que de faire un travail dont ils ne sont pas payés. Le matériel humain compétent et motivé fait défaut. On tombe de Charybde en Scylla.”

TENABLE DANS LA DURÉE ?

Miguel de Cervantès (Don Quichotte) écrivait : “Il faut donner du temps au temps.”

Centrafrique, pays instable par définition, ne connaît à sa tête, et sans exception, que des dictateurs corrompus et corrupteurs, à l’instinct de tribu. Avec toujours l’application du principe cardinal du “Mo wara, mo tè” (Tu trouves, tu bouffes). Et tous ont suscité l’irrespect du concept d’ETAT. N’étant plus vu que comme gâteau de prédation.

Et donc, tout dictateur comme l’actuel en cours, crée automatiquement des forces de contre, et pas meilleures que lui. Et donc, tôt ou tard, il sera mis hors jeu par un concurrent ambitieux. Faustin Touadera passera comme tous les autres. A juste espérer pour lui qu’il n’y perde pas la vie. Russes ou pas, son pouvoir est à durée limitée.

C’est cet incessant jeu de prédation systématique qui continue à faire reculer le pays dans les tréfonds du moyen âge. 

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