Centrafrique : Ouaka, les Anti-Balaka non plus ne sont pas unis

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Par Marie-Pierre Coppens

BRUXELLES (LNC) – Leur présence seulement sporadique ces derniers mois, dans l’actualité criminelle de la RCA, faisait faussement croire que “les auto-défenses” comme Radio Ndeke Luka complaisamment les nomme, s’étaient rangés des machettes et du cannibalisme. Illusion totale, les A.B toujours présents, toujours actifs, surtout dans la Ouaka.

BAMBARI, TRAGIQUE MICROCOSME D’UNE CRISE SANS FIN

Ils se sont bien échangés des amabilités avec SIDIKI le chef des “3R” un autre psychopathe dans la région, mais rien de comparable avec leur retentissant exploit passé à BANGUI, où dans la zone des abattoirs, ils avaient massacré et dévoré des dizaines de bergers peuhls.
Affaire qui en son temps, n’avait ému, ni les autorités, ni encore moins la MINUSCA.

Dans la riche et très convoitée zone de la OUAKA, ils y sont présents depuis des lustres, et ne comptent pas s’en retirer.

Y A PAS DE MARRONS EN RCA, MAIS ILS SAVENT LES TIRER

Ils se délectent des combats fratricides et suicidaires entre les factions des ex-Séléka, UPC et FPRC dans la région, et observent avec une joie consommée. Mais sans rester complètement inactifs. De temps en temps, quelques massacres discrets de population, à l’abri des regards de la presse, histoire de garder la machette bien affutée, pas plus.

Ils jouent aux chacals. Après les combats inter-Séléka, ils passent sur les champs de bataille, pour récupérer ce qui est récupérable, armes, matériels, et accessoirement des otages à garder au chaud, pour au cas ou !

Les ANTI-BALAKA dans la OUAKA ne forment pas une entité unie, ni clairement identifiable.
Officiellement, leur seule voix connue est celle de Gaëtan Boade, le dit Comzone (Commandant de zone).

Mais Boade ne commande pas tous les A.B de la OUAKA, car en vérité, la milice est coupée en trois. Trois groupes s’observant en mouton de faïence, mais pour le moment vivant dans la paix précaire des braves, tant que les ennemis communs, les Séléka ne se seront pas complètement suicidés.

Si deux de ces groupes se disent “légalistes” et discutent régulièrement le bout de gras avec la MINUSCA, il en existe un troisième, plus agressif, plus meurtrier, plus radical, autonome, qui encore récemment s’illustrait non loin de Bambari par l’horrible massacre de 22 voyageurs musulmans.

OU SONT-ILS ?

Les A.B ne sont plus dans la ville de BAMBARI, mais autour, en brousse, et rôdent en prédateurs habiles. Dernier endroits de leurs localisations, dans les zones de deux villes où il y’avait eu encore il n’y a pas si longtemps de violents combats : A BAKALA, et au village de LIWA situé à quelques 10 km de Bambari.
Ceci n’étant que des localisations géographiques transitoires, car ils ont l’habitude d’être très mobiles.

DES MARIAGES CONTRE NATURE

De leurs nombreux et sanglants combats avec les Séléka et consorts, ils en ont retenu la conclusion qu’ils ne gagneraient pas contre eux dans une guerre ouverte, tant la puissance de feu de l’ennemi est supérieure à la leur.

A partir de là, place aux compromis.
BAMBARI, forteresse à prendre, tous les belligérants sont au moins d’accord là dessus. Bambari ouvre sur deux axes stratégiques. Ippy, sur la route de Bria, vers le nord-est, et Bakala sur la route de Mbrés vers le nord-ouest.

L’UPC de DARASSA qui y faisait sa loi, devait en être extraite. Idée partagée par les A.B, AL KHATIM (MPC) et Noureddine Adam soit-même; lui qui de Kaga-Bandoro, a annoncé dans un communiqué datant du 14 février le « ralliement » des Anti-balaka de Bambari à sa coalition.

Tous unis derrière un slogan de circonstance : « Permettre à la coalition de rétablir la sécurité dans Bambari ». Ce qui en conséquence fait bien comprendre à tout le monde que la MINSCA a leur yeux n’avait aucune espèce d’importance.

Les hommes de Noureddine Adam avaient habilement contourné tous les points de contrôle de la MINUSCA à KABO et à KAGA-BANDORO, pour arriver aux abords de BAMBARI et infiltrer la ville en franchissant allègrement la fameuse ligne rouge de Balla Keita.
Les coups de main des copains Anti-Balaka ont été bien utiles.

Gaëtan Boade lui n’adhère pas à ces étranges alliances entre les encore ennemis mortels d’hier. Lui attend, espérant que le vainqueur final de la BATAILLE DE BAMBARI ce sera lui.
Sans doute dans une référence à la BALAKA de l’adage :

“Tant que la grosse dame n’a pas fini de chanter, l’opéra n’est pas terminé.”

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