EDITO : Fort de soutiens Russe et Rwandais, un pouvoir très faible se sent désormais invincible, et fait craindre une dictature déjà initiée

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Par Aline M’PANGBA-YAMARA
Rédactrice en Chef
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[LNC] – Le contexte est celui d’un pays que “The Economist Intelligence Unit” dans sa dernière édition “2020 Index of World Democracy” classe au 165e rang sur 167 pays dans le monde, pour être l’endroit le moins démocratique de la planète. Seules la République “démocratique” du Congo (166e) et la Corée du Nord (167e et dernière), le dépassent dans le pire. Il est également classé par l’ONU comme étant le pays le plus dangereux pour le bien-être des enfants. Juste là, que seulement deux de ses tares ataviques. Mais là n’est pas la question.

Qu’on le veuille ou non, ce qui se passe actuellement en Centrafrique peut être qualifié d’assez révolutionnaire.  Le pays serait en train, si ce n’est pas déjà fait, de couper le vieux cordon ombilical colonial d’avec la France, qui encore récemment, y faisait la pluie et le beau temps. Mais est-ce si simpliste ?

Par définition, tout pays pauvre n’est que l’essuie pied d’une puissance occidentale hégémonique. Et la RCA n’y échappe pas.

Mais pour la première fois, et contrairement à ses prédécesseurs, Faustin Touadera se sent fort, très fort même. A l’image de son ministre conseiller Fidèle Gouandjika, qui exhume une de ses anciennes publications insultant l’ONU et toute la communauté internationale dans le pays. Tant il a le sentiment d’être maintenant protégé.

D’UN DOMINANT À UN AUTRE

Touadera, aka “Big Fat”, le nouveau Superman bodybuildé centrafricain, dopé aux stéroïdes anabolisants russes. Mais un héros par procuration.

Ses mouvements de menton à la Mussolini, ne s’appuient que sur des forces externes, rwandaises, et bien évidemment, et surtout russes, ayant dores et déjà investi tous les leviers du pouvoir dans le pays.

Pour le moment, c’est productif et constructif.
Les russes ont réussi en quelques mois, ce que les anciens colons ont raté des décennies durant.  Et dont le pays ne retient que le souvenir amer de ses soldats Sangaris violeurs, et ambigus dans leurs relations avec des Anti-Balaka cannibales.

L’autonomie politique et surtout économique du pays ne sont  toujours pas encore actées.

Le pays dépend toujours à 100% des autres pour tenter d’exister dans le concert des nations, et tout simplement se garder la tête hors de l’eau.

OPPORTUNISME CONFONDANT ?

C’est un jeu de “A qui perd perd”. Car la RCA n’est qu’une pionne dans un jeu de dominos occidental dont elle n’a absolument pas idée.

N’y voyant que ses intérêt du moment, elle perd de vue de n’être que la “danseuse” des convoitises franco-Russes.
France et Russie, deux pays se livrant des combats sans pitié pour leurs propres glorioles internationales. Et tous les coups sont permis.

La date de la chute du mur de Berlin en 1989, correspondait au soudain désintérêt de la France pour le Centrafrique. Plus utile dès lors en tant que bastion contre l’invasion rouge. Les américains, maîtres à penser de la chose, qui instrumentalisaient une longue pseudo guerre froide à leur propre avantage, de plus largement complètement se désintéresser eux aussi de l’Afrique noire; pour autant qu’un jour cela les intéressât.

A part les “Volontaires du progrès”, truffés d’espions de la CIA, L’Afrique ? None of their matter.

Et avec une France vassalisée, économiquement et surtout culturellement dominée depuis 1945, ils gardaient un œil, même si lointain sur les constantes agitations continentales. Le pré-carré français était préservé. C’était mutuellement entendu. “On ne touche pas à vos business en Afrique, et vous ne vous intéressez pas aux nôtres au Moyen Orient et en Am’sud.”

Dans un vacuum continental désormais flou, de nouveaux joueurs de s’y engouffrer par pur opportunisme : Chinois et Russes, en quête d’expansion. Ces éternels honnis des puissances impérialistes occidentales. Aussi, sans abonder dans la géopolitique internationale, contentons-nous plus prosaïquement du cas centrafricain.

BILLET ALLER RETOUR BANGUI – MOSCOU

En préambule, il importe de se pencher un instant sur la psychologie de deux pays colons. Les britanniques acceptent, et même soutiennent les US et coutumes et les dirigeants locaux, comme en Inde, où les royaumes ancestraux sont restés intacts, tant que cela n’interférait pas dans leurs intérêts; là où les français dans une philosophie fumeuse d’intégration et de soumission des autres par la force brutale, et de thèses racialistes très discutables, détruiront tout sur leur passage. Comme l’écrivait Magloire LAMINE : “La colonisation française s’est faite sur les cadavres des royaumes, des principautés et des Califats kongolo-oubanguiens.”

Poutine au Kremlin, loin d’être un débile, aura retenu ces leçons de l’histoire sanglante des colonisations de l’Afrique. Il aura surtout compris que le temps de l’expansion idéologique était terminé.

Le communisme d’Etat, c’est fini.
Place aux intérêts économiques. Les chinois eux ont une vision des choses bien plus terre à terre : Le profit et l’exploitation à gogo, et rien d’autre. A comparer aux “Ferengis” de la série tv “Star Trek”, ce peuple ne pensant gloutonnement qu’à s’enrichir à tous prix, et par tous les moyens. Selon leur Bible dénommée “Le Code des profits.” De la fiction bien sûr, mais les chinois dans le tiers monde fonctionnent de la sorte.

Pour les russes, en RCA, contrairement à leurs pratiques brutales en Europe de l’Est et au Moyen Orient, c’est la colonisation douce par la séduction, et un investissement total de soi.

Et c’est cela qui a totalement séduit Faustin Touadera, tombé littéralement sous le charme. l’appui russe efface toutes ses dérives de président mafioso.

Effectivement, les russes ne le traitent pas en vassal ou en sous-préfet comme les français, mais lui donnent l’illusion d’être un partenaire important, avec qui on traite d’égal à égal. Ce que même les chefs successifs de la MINUSCA n’ont pas su faire, du haut de leur mépris habituel des centrafricains.

MAIS QUE GAGNENT LES RUSSES À APPUYER UN AUTOCRATE PATENTÉ ?

Une seule réponse : LA REAL POLITIK !

Moscou contrairement aux apparences, ne fait pas fi des dites dérives mafieuses et totalitaires de Touadera. Ce qui l’intéresse en premier lieu, c’est de plaire au peuple centrafricain. Touadera n’étant que de passage, et à l’occasion, pouvant être mis dehors à tout moment.

Pour cela que le raidissement des français, voire leur hostilité, distillée à travers leur Presse, entre autres moyens de nuisance, est complètement contre-productif. Leur vison à courte vue leur fait perdre l’essentiel, à savoir, l’hégémonie russe en RCA, et à tous les niveaux, qui se bâtit pourtant brique par brique; et qu’ils sous estiment, comme étant un caprice centrafricain momentané. Ce qui s’explique par ce qui est en substance écrit plus haut, une mentalité de domination rétrograde : “La colonisation française fut et reste brutale et sanglante”.  Les russes eux ont retenu la leçon.

Démonstration ? Tout le pays ne chante que leurs louanges. Opération de com pleinement réussie. L’implication culturelle russe en RCA est telle, que même des bataillons de FACA chantent des  mélodies militaires russes, et en russe.

ET ON OBSERVE LES CROCODILES DANS LE MARIGOT

Paris peste, râle, s’insurge, son rigide ambassadeur à Bangui y va même de son “relations privilégiées avec la RCA” – c’est nouveau ça ! – mais en vain. Car comme disait Jacques Chirac, un amateur de bons et de gros mots : “Ca leur en touche une sans bouger l’autre.” Et même les soudains accroissements des actions et aides diverses françaises n’y font rien.

Et pour rester dans la rhétorique chiraquienne, “Les français à force de s’agiter dans le vide, se sont mis à poil. Dévoilant du coup leur impuissance de géant aux pieds d’argile. Forts avec les faibles, et faibles avec les forts. L’ours russe est un morceau dur à digérer.”

Une puissante onde de choc psychologique pour les centrafricains : “Ces français qui nous effraient tant, qui nous ont fait tant de mal, et à qui on devait obéir, qui font et défont nos dirigeants ne sont pas invincibles finalement. Les russes viennent de leur mettre une volée.”

FAUSTIN BRÛLE SES VAISSEAUX

La petite histoire alimente souvent la grande. Les rapports humains sont très importants en Afrique, surtout pour ses dirigeants. Empêtré dans une crise qui n’en finit pas de finir depuis 2013, le Centrafrique se cherche désespérément une issue vers un bout du tunnel toujours illusoire.

Les appels de détresse vers la “métropole” la toujours “Mère patrie” la France, n’ont pas donné les résultats espérés.

De nouvelles générations post gaullisme sont arrivées au pouvoir en France.
On les dit “technocrates”. Des têtes froides, ne connaissant le monde qu’à travers des études de cas. Et l’Afrique noire pour elles, redevient Terra Incognita.

François Hollande  en est un très bon exemple. Lui ne cachait pas sa méconnaissance de ces tropiques, voire même qu’il s’en fichait royalement. Sous son mandat, il fera le minimum syndical, à coups de fiches de ses conseillers.  Macron encore plus, tout en ne cachant pas son mépris pour ces sauvages dont “les femmes font trop d’enfants”. Et son premier contact avec Touadera fut glacial, poli, distant. “Big Fat” l’a détesté d’entrée.

Sans ces non-rapports avec Macron, Touadera aurait-il basculé dans le giron russe ?

Avec des russes avenants, chaleureux et ouverts, il se sent comme en famille. Et les gâte même, en leur offrant de nombreuses concessions minières du pays. D’autant plus qu’eux s’activent pour défaire le pays de la gangue serrée dans laquelle les français contrôlent le destin de la nation au Conseil de sécurité de l’ONU. La France y tient la main. C’est elle qui rédige toutes les résolutions concernant la RCA. A distance, elle a placé le pays sous sa tutelle politique.

Une état de fait qui fait voir à Touadera la situation de manière dichotomique. Tout est noir ou blanc. Pas de nuances. Surtout qu’en réaction, la France se lançait dans une guerre médiatique de désinformation. Des comptes trolls créés sur les réseaux sociaux pour attaquer les russes, et créer pour la France de faux discours d’appui. Facebook s’en est aperçu, en soupçonnant fortement les services secrets de l’armée française d’en être les manipulateurs.

Les russes répliquent dans la même veine de manipulation. Mais….. Tout cela a pour conséquence de rendre Touadera paranoïaque. Et de se faire sa religion de la situation :

Russes = amis proches, France et tout le collectif onusien de la communauté internationale + les institutions internationales africaines = Ennemis.

D’où ses actions puériles d’instrumentalisation d’enfants soudoyés, pour aller faire du bruit devant le siège de la CEEAC à Bangui.

PAS DE HÉROS SANS LE MÉCHANT MÉCHANT POUR LE VALORISER

Et comme les coalisés de la CPC lui offrent sur un plateau l’ennemi intérieur idoine pour se faire valoir, à croire que tout cela fut scénarisé, le voilà devenu le sauveur de la Nation. Son pouvoir se mue en absolu, avec une Cour constitutionnelle aux ordres, des députés qu’il a suborné à coups de corruption; plus de séparation entre l’Exécutif et le Législatif.  Et cerise sur le gâteau, l’instauration d’un état d’urgence, le propulsant au rôle très envié en Afrique de nouveau dictateur. Tous les contre pouvoirs étant dissous : la fragile et naissante démocratie est morte, vive le Roi nègre.

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