BLOG : Qui menace la paix en Centrafrique, les troupes russes ou les troupes françaises d’occupation ?

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Des rebelles centrafricains se préparent à marcher sur Bangui. Crédit photo: Mikhail Egorov

Par Kenfack Dirane

Kenfack DiraneLe contexte : En 2013, la Centrafrique connait un coup d’état qui débouche sur la guerre civile après que les groupes armés (séléka) et (antibalaka) aient renversé François Bozizé. Il est important de noter que, lorsque Bozizé était sur le point d’être renversé, il a demandé l’appui militaire de la France. François Hollande alors président français avait répondu sur les antennes de RFI : “Finies les ingérences françaises en Afrique.” ~ François Hollande.

Mais lorsque Bozizé est renversé, les troupes françaises d’occupation (sangaris) envahissent la Centrafrique . Le bilan est assez clair: viol d’enfants, pillage, crimes de guerre, distribution d’armes aux rebelles.

L’Elysée n’est pas prêt à mettre un terme à la françAfrique. Les enquêtes menées par la justice française sur les crimes et viols commis par les soldats français en Centrafrique ont débouché sur l’acquittement des soldats .

Une justice inique rendue par des juges iniques.
 Le 27 décembre, l’élection présidentielle  aura lieu en Centrafrique, un enjeu pour ce pays qui a commencé à sortir du chaos grâce à l’appui de la Russie.

François Bozizé a tenté de déposer sa candidature à l’élection présidentielle, laquelle candidature a été rejetée par la Commission électorale, car celui-ci fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour son implication dans des crimes liés au coup d’état de 2013. Les groupes armés ont annoncé une offensive vers Bangui afin de stopper le processus électoral. Le gouvernement a accusé François Bozizé de tentative de coup d’état , ce que celui-ci dément.

Comment la Russie a supplanté la France en Centrafrique !

La Russie a en effet profité du besoin en armement du  gouvernement centrafricain en faisant un coup double : les succès qu’elle a eus au conseil de sécurité de l’ONU sur la levée de l’embargo contre la livraison d’armes à la Centrafrique et la fourniture d’armes à celle-ci. C’est à la suite des accords conclus  en 2017  à Sotchi entre la Russie et la Centrafrique que cette dernière opère son débarquement dans le pays.

Ces accords  permettent à la Russie de former l’armée centrafricaine.  En 2018, la Russie effectue de nuit  une livraison d’armes par avion, une livraison qui échappe à la vérification des experts de l’ONU. C’est ainsi que des livraisons d’armes se succèdent ; 6 200 fusils d’assaut Kalachnikov, 900 pistolets automatiques Makarov, 270 lance-roquettes RPG 7 et 20 canons antiaériens à tir rapide utilisés dans toutes les guerres civiles pour détruire l’ennemi à terre. Un arsenal livré par les Russes qui débarquent dans la foulée avec leurs conseillers. Des militaires russes du groupe Wagner auxquels s’ajoutent les mercenaires ayant combattu en Syrie et au Yémen sont envoyés en Centrafrique. Ceux-ci ont entraîné et formé les nouvelles recrues des Forces Armées Centrafricaines (FACA) et font atterrir régulièrement leurs avions sur une piste qu’ils ont réparée.

Le  groupe Wagner au cœur de l’action militaire russe

Le groupe Wagner est un groupe privé de contractuels militaires russes, constitué d’anciens vétérans de guerre. Tout comme les  groupes  de mercenaires occidentaux qui ont détruit la Yougoslavie de Milosevic ( Black Water, MPRI), Wagner a contribué largement à la défaite de l’état islamique en Syrie. Le groupe soutient les combattants séparatistes en Ukraine. Il apporte également un appui important au maréchal Khalifa Haftar en Libye.

Ce groupe est d’après les médias occidentaux le bras armé du Kremlin à l’extérieur.

Le groupe Wagner est donc l’ennemi numéro 1 de la France en Centrafrique !
Les gardes de Wagner assurent la sécurité du président centrafricain et des instructeurs russes forment les forces centrafricaines. Mieux formés et mieux équipés, les combattants de Wagner vêtus de treillis militaires  russes incarnent l’espoir du régime, de la paix  et de la construction d’une Centrafrique stable.

Depuis plus de 50 ans, le bilan de la présence française en Centrafrique est totalement négatif.

Cette négativité se caractérise par le pillage économique et le chaos. C’est pourquoi la France voit d’un mauvais œil l’implantation des russes en Centrafrique. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle elle s’est opposée à la levée de l’embargo sur les armes contre la Centrafrique. Le groupe russe se projette donc en Afrique comme à l’époque de l’armée rouge. C’est un retour sur les anciens champs de la guerre froide assumé par Moscou. La Russie cherche ainsi à accroître son influence, après les succès engrangés au Moyen-Orient et en Afrique où la Russie revient après avoir été absente après la chute de l’URSS.

Des soldats du groupe militaire russe Wagner dans Bangui. Crédit photo: Alexander Massessov

La Russie et le Rwanda sécurisent le processus électoral

Le débarquement des soldats russes à Bangui. Crédit photo: Little Think Tank

Alors que les groupes armés marchent sur Bangui, l’ONU annonce une situation sous-contrôle. Les affrontements ont repris en RCA. La situation serait  confuse près de la ville de M’baïki au sud de Bangui. La Russie et le Rwanda renforcent leurs armées en Centrafrique. Le gouvernement rwandais a annoncé le 21 décembre que la Russie et le Rwanda ont envoyé des soldats sur place pour sécuriser le processus électoral. Ces soldats sont déployés dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale, a déclaré à l’AFP Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain. Le Rwanda est l’un des principaux pays contributeurs de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine (Minusca) depuis son déploiement en 2014. La Minusca compte environ 11.500 Casques bleus. Le contingent rwandais de la Minusca est notamment chargé de la sécurité du président centrafricain Faustin Archange Touadéra et de la protection du palais présidentiel.

La France serait responsable du chaos en Centrafrique

La Centrafrique fait partie des anciennes colonies françaises. Celle-ci est liée à la France par des accords de coopération et de défense.

Ces accords incestueux  comme dans les autres anciennes colonies  sont un frein à l’émergence d’une armée nationale forte.
Les troupes françaises en Afrique sont les troupes d’occupation et face à l’occupation, la résistance doit se développer. Depuis 60 ans de soi-disant coopération militaire avec la France, la Centrafrique a connu les coups d’état à répétition. Mais seulement depuis 2018, la Russie en un temps relativement court a stabilisé ce pays, ce qui est une grosse gifle pour la France, puisque celle-ci est en train de perdre son influence dans ce pays et cela pourrait s’étendre aux autres pays quand on sait que les relations entre la France et la Guinée Equatoriale ne sont pas au beau fixe à cause des  prétendues affaires des biens mal acquis et des malversations financières du groupe pétrolier français total en Guinée Equatoriale. Selon le gouvernement de la RCA, l’ex-président François Bozizé, soutenu par Paris est à la tête de ce mouvement anti-gouvernemental impliquant les groupes armés.

Comme par hasard, c’est pratiquement à la veille des élections que le pays qui ait réussi à retrouver une stabilité relative et une paix assez globale sur son territoire voit l’annonce de ces nouvelles menaces de groupes armés. Un autre aspect qui mérite également une attention particulière concerne l’immobilisme de la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique).

Ayant sur place plus de 10 000 soldats impliqués, la structure onusienne se limite à émettre des déclarations et des communiqués appelant à faire cesser les violences, sans pour autant prendre d’actions vraiment concrètes sur le terrain.

La France et ses autres alliés occidentaux sont clairement opposés à la levée de l’embargo sur les armes contre la Centrafrique. Justement, en parlant maintenant de la France et de son implication dans la situation en RCA  un point qui soulève de nombreuses questions est comment se fait-il que plusieurs pays voisins de la Centrafrique soient surarmés tout en n’étant aucunement des producteurs d’armes ? Autre fait majeur : nombre de ces pays sont proches de l’élite élyséenne.

Enfin ces armes finissent dans les mains des groupes armés présents en RCA qui menacent la sécurité des civils et de l’autorité de l’Etat.