Pays Bas/Justice : Ngaissona et Yekatom nient leurs rôles dans les atrocités anti-musulmanes

Alfred Yekatom, à gauche, et Patrice-Edouard Ngaissona sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité qui auraient été commis en République centrafricaine en 2013 et 2014. EPA

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Un ancien chef de football et un député connu sous le nom de Rambo sont accusés de crimes contre l’humanité envers la population musulmane.

Un ancien chef du football africain et un présumé commandant rebelle connu sous le nom de Rambo sont en cours de jugement ce mardi devant la Cour pénale internationale, accusés d’avoir dirigé des milices armées dans des attaques meurtrières contre des musulmans en République centrafricaine.

Patrice-Edouard Ngaissona, 53 ans, et Alfred Yekatom, 46 ans, sont accusés d’être impliqués dans des atrocités, avec notamment de multiples chefs d’accusation de meurtre, de torture, d’attaques contre des civils et de conscription d’enfants soldats alors que le pays sombrait dans la guerre civile.

Les accusations, démenties par les deux hommes, sont fondées sur leurs rôles de hauts dirigeants des Anti-Balaka, qui se sont livré à d’âpres combats contre les Séléka en 2013 et 2014.

La Séléka a pris le pouvoir dans le pays en 2013, forçant le président de l’époque François Bozize à s’exiler. Leurs activités brutales “ont semé les graines de la vengeance” et ont conduit à la montée des anti-Balaka, annonce le tribunal. La violence interreligieuse qui a suivi a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. Des mosquées, des magasins et des maisons ont été pillés et détruits.

Alfred Yekatom alias `` Rambo '' est arrêté en 2018 après avoir tiré avec une arme à feu au parlement à Bangui, capitale de la République centrafricaine. AFP
Alfred Yekatom alias “ Rambo ” est arrêté en 2018 après avoir tiré avec une arme à feu au parlement à Bangui, capitale de la République centrafricaine. AFP 

Les procureurs affirment que M. Ngaissona était un chef de file de la milice anti-Balaka tandis que M. Yekatom, le député connu sous le nom de Rambo, lui, est accusé de commander le groupe sur le terrain. M. Ngaissona fait également face à des accusations de viol.

Le procureur Kweku Vanderpuye a déclaré que M. Ngaissona était un membre du cercle restreint de Bozize qui était intimement impliqué dans les efforts de reconquête du pouvoir politique, après le coup d’État de la Séléka.

Vanderpuye déclare que l’affaire concerne la conduite personnelle des deux hommes, et n’était pas destinée à juger de quel côté était le plus responsable des atrocités. “Il y a suffisamment de tragédies pour tout le monde”, a déclaré M. Vanderpuye.

Ces deux hommes sont les plus hauts dirigeants anti-Balaka à être jugés et les premiers à la CPI à franchir une «étape importante pour la justice pour les victimes de crimes brutaux», a annoncé Human Rights Watch.

Les deux hommes, qui portaient des masques derrière le mur de verre, ont nié la longue liste d’accusations qui leur avait été lue au début du procès à La Haye, aux Pays-Bas.

«Je dis catégoriquement que ces chiffres ne sont pas corrects. Je rejette toutes les accusations que vous avez portées contre moi », déclare Yekatom.

Pour son co-accusé Ngaissona : «Je ne me reconnais pas dans les charges retenues contre moi. Je ne suis pas coupable ».

Ngaissona a été président de l’instance dirigeante du football du pays pendant plus d’une décennie à partir de 2008. L’instance internationale du sport, la Fifa, l’a interdit de fonction dans le football pendant six ans et huit mois en novembre 2019 à la suite de son arrestation et de la publication des accusations portées contre lui.

Yekatom lui a été remis à la CPI en novembre 2018 après avoir été arrêté pour avoir tiré avec une arme au parlement. M. Ngaissona a été arrêté un mois plus tard lors d’une visite officielle en France.

Le gouvernement avait demandé à la CPI en mai 2014 d’enquêter sur les crimes qui auraient été commis à la fois par la Séléka et les anti-Balaka.

Après des critiques initiales selon lesquelles son enquête était unilatérale, avec seulement des dirigeants anti-Balaka sur le banc des accusés, la CPI a annoncé en janvier qu’elle avait arrêté le chef présumé de la Séléka Mahamat Said Abdel Kain.

The National News