ANALYSE/Centrafrique : La France prise dans un nœud gordien en RCA

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Par Firmine YABADA

PARIS [LNC] – mercredi 23 décembre 2020, Faustin Touadera appelle Emmanuel Macron à Paris. Les deux hommes ne s’aiment pas, c’est connu. Mais là, pas le choix pour FAT, perdu face aux agressions des CPC. il veut le soutien de la France. “Manu” s’interroge un instant. Le Conseil de Sécurité l’autorise à envoyer des troupes en Centrafrique pour suppléer la MINUSCA. Mais, il n’en fera rien. Conscient que 1- Ce serait très mal perçu par les centrafricains, ayant encore en mémoire le déplorable passage des “Sangaris” dans le pays, et 2- Pas question de satisfaire le détestable Touadera. Alors il choisit une voie médiane, à savoir juste envoyer de N’Djamena, des avions de chasse faire le show dans le ciel centrafricain, et pas plus. Dès lors, Touadera enrage, et presse les russes de l’appuyer d’avantage, et sollicite l’aide des rwandais, hors contexte Minusca. La guerre froide est lancée !

La France qui jusqu’en 2017 faisait la pluie et le beau temps en Centrafrique n’y a plus la main. Les russes sont depuis passés par là. Et malgré les menaces, les dénigrements et les intrigues en coulisse, la république de Bangui de Touadera ne cède pas. La rupture est dès lors consommée; même si des deux côtés, chacun fait de son mieux pour sauver les apparences. Malgré la bourde de l’ambassadeur de France à Bangui, osant déclarer officiellement que la France ne financerait plus les élections en préparation de décembre 2020. Il aurait mieux fait de se taire celui-là !

SOUPÇONS DE COLLUSION AVEC LES CPC

Du coup, les bruits vont bon train. Le pouvoir de Touadera, de soupçonner la France de financer et d’armer la coalition du CPC. Mais il n’en a pas la preuve. Comment le pourrait-il, si ce fut vrai ?

Une seule certitude, comme “LE MONDE” l’écrivait, Paris n’en peut plus de Faustin Touadera. Et si deux de ses pays inféodés dans la sous région, à savoir le Tchad et le Congo-Brazza rasent les murs actuellement, en gardant un silence inquiétant, et en guettant eux aussi la chute de Touadera, grâce à une action espérée des CPC, Paris ne peut pas se cacher.

IL FAUT SOUTENIR BANGUI COMME LA CORDE SOUTIENT LE PENDU.

Car toute autre démarche publique ouvrirait toutes grandes les portes aux russes et aux chinois, eux, contrairement aux russes, ils sont discrets, mais efficaces.

Aussi, faille-t’il marcher sur des œufs. La France doit donner l’impression à Touadera qu’elle le soutient, tout en ne faisant rien pour le conforter. 

La RCA a une nouvelle fois plongée dans le chaos total. Et même pire qu’en 2013, car cette fois-ci, les variables de la crise sont multiples. C’est la totale asymétrie :

Les CPC ne sont pas des inconnus, car hier encore, ils bénéficiaient du soutien et de l’appui de la MINUSCA qui les consolidait dans les vastes zones de la RCA sous leur contrôle.

Le gouvernement centrafricain, poussé par l’ONU, l’UNION AFRICAINE, LA CEEAC, et la CEMAC, de négocier avec ces bandes armées, auteurs de rackets et de crimes de masse.

Et au bilan, ces bandes criminelles sont légitimées. Pas de poursuites judiciaires, impunité totale pour leurs crimes.

A noter que la France n’aura jamais cautionné ces magouilles d’entregent avec ces bandes armées.

Elle s’est toujours prudemment tenue à l’écart. Surtout avec un Emmanuel Macron qui s’en fichait comme de l’an 40. Grâce l’en prit.

IMPOSSIBLE DE LÂCHER LE MORCEAU

La France dispose de deux puissants leviers pour enquiquiner Faustin Touadera : La monnaie, et le Conseil de Sécurité.

Pour la monnaie, ce pourrait être le ralentissement, voire les gels des aides, aussi bien matérielles que financières. Et pour le Conseil de Sécurité, d’y poursuivre sa défense de l’embargo sur les armes – mesure absurde, mais qu’importe – on fait avec ce que l’on a.

La France ne fera jamais lever l’embargo sur les armes en Centra-frique, tant que les forces russes seront sur son territoire. On se venge comme on peut.

Et déjà que les échanges commerciaux entre la France et la RCA frisent le néant, autant l’asphyxier d’avantage, en ne l’aidant pas économiquement. 

Il sera toujours temps de récupérer le pays à l’agonie le moment venu. Même si la France n’y a plus rien à gagner.

Mais l’honneur, ça compte, c’est important à sauver. Et pas question que le cas centrafricain puisse gangrener les voisins comme le Gabon, le Tchad ou le Congo Brazza. Surtout le Tchad, où son autocrate local, de temps en temps, se rêve d’envies de liberté.

Au Gabon, aucun souci, le pays n’a jamais quitté son statut de colonie française d’origine. La preuve, il s’y trouve toujours des troupes coloniales françaises, et en permanence.

A Brazzaville, tout sera fait pour une fois de plus perpétuer le dictateur Sassou au pouvoir, aux prochaines élections qui seront une fois de plus largement truquées. Pétrole ! Pétrole !

En RCA, elle compte les points…Attendant de tirer les marrons du feu….Patiemment !

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