Centrafrique : Etat d’urgence décrété sur tout le territoire national, le surf sur du superficiel

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Par Sandra MARTIN-WHITE

BANGUI [LNC] – Après le couvre feu, place à l’état d’urgence. Et pourquoi pas enfermer tous les centrafricains chez eux ? C’est par une annonce radiodiffusée qu’hier Albert Yaloké Mokpem, porte-parole de la présidence de la République, a annoncé l’instauration d’un état d’urgence pour quinze jours sur l’ensemble du pays. Une décision de Faustin TOUADERA.

“Le président de la république, sur rapport du ministre de la défense nationale, après avis du Conseil des ministres, du Bureau de l’Assemblée nationale, et du président de la Cour Constitutionnelle, décrète :

Article 1er : L’état d’urgence est proclamé sur tout le territoire national pendant une durée de 15 jours, à compter du 21 janvier 2021 à 00 heure.

Article 2 : L’état d’urgence comporte pour sa durée, application des articles 3 et suivants, de la loi N° 99.019, du 24 octobre 1999, relatives au traitement de crise.

Article 3 : Les membres du gouvernement sont chargés, chacun, en ce qui le concerne, de l’application du présent décret. 

Article 4 : En raison de l’urgence, et conformément à la loi N° 99.019 du 24 octobre 1999, sous visée, le présent décret entre immédiatement en vigueur dès sa publication par voie radiodiffusée ou télévisée, indépendamment des sa réception au journal officiel.”

CONCRÈTEMENT 

Cet état d’urgence est une mesure dite “d’exception”, conférant tous les pouvoirs aux autorités civiles, et en l’espèce, au chef de l’Etat. C’est ce que l’on appelle un “Diktat”, ou loi dictatoriale. 

Donc la République centrafricaine est passée à l’état de dictature, puisque pour 15 jours, le président de la république dispose de tous les pouvoirs, lui conférant le droit de restreindre les libertés publiques et individuelles, de faire arrêter qui il veut arbitrairement, comme se passant de l’aval des autorités judiciaires. La liberté de la presse étant également restreinte.

En général, une loi d’urgence ne s’applique qu’en état de guerre. Ce qui doit l’être APPAREMMENT pour le pouvoir centrafricain, face aux attaques des groupes armés du CPC dans le pays, menaçant notamment de faire chuter le président de la république.

PLUS CONCRÈTEMENT 

N’importe qui durant cette période, dans le pays peut être arrêté à tout moment, interrogé, emprisonné, et sans justification. 

N’importe qui durant cette période, dans le pays peut être empêché de déplacement dans le pays ou de sortie du territoire.

LES DANGERS 

Ils sont évidents, les risques évidents d’ABUS DE POUVOIR sur des personnes innocentes, surtout dans un pays où le mot JUSTICE n’étant qu’un mot vain. Ouvrant la porte à des arbitraires, délations, fausses accusations, vengeances  et autres..

EFFICACITÉ FACES AUX MENACES DU CPC ?

NULLE ! 

PROLONGATION ?

Prévu pour 15 jours, l’état d’urgence ne peut se prolonger que sur aval de l’Assemblée nationale. Et comme le Parlement est sous influence et contrôle du pouvoir exécutif en place, cela ne poserait aucune difficulté.

TOUADERA L’ARROSEUR ARROSÉ

Pour se justifier, Faustin TOUADERA dont la réélection a été contestée vigoureusement par toute l’opposition, déclarait lors de son premier discours de réélection : « Les auteurs, coauteurs et complices présumés de ces crimes imprescriptibles commis contre le peuple centrafricain seront recherchés, arrêtés et traduits devant les juridictions compétentes ».

Mais à douter que l’imposition d’un seul état d’urgence, avec des mesures dictatoriales “cache sexe”, puisse régler une problématique sécuritaire bien plus profonde. 

Les difficultés trouvant leur cause en amont, par l’acceptation du fait d’abandonner plus de 80% du territoire au contrôle des bandes armées, et pire encore, d’en faire, selon l’expression désormais célèbre du premier ministre Firmin N’GREBADA : “des partenaires.”

A FORCE DE JOUER AVEC LE FEU, ON SE BRÛLE !

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