OPINION/APRES LE G.U.N, IL FAUT DESARMER LA SELEKA !

Par KARINOU, LE PROPHETE DE NAHING

« Delendae Carthago ! Il faut détruire Carthage ! » C’est en ces termes virulents que Caton l’ancien terminait tous ses discours devant le sénat romain pour réclamer la destruction de Carthage, ville africaine située sur la côte méditerranéenne de l’actuelle Tunisie et dont la puissance constituait de plus en plus une grave menace pour Rome. Tant il est vrai que la paix véritable n’a pas de prix, mais qui veut la paix définitive, prépare la guerre : « si vis pacem, para bellum »…

Au regard des derniers événements qui se déroulent sur le théâtre des opérations, et en dépit de la signature d’un cessez-le-feu par les deux parties belligérantes, il sera d’une extrême urgence pour le futur Gouvernement d’Union Nationale dirigée par maître Nicolas TIANGAYE, ancien bâtonnier et Président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme, ainsi que son Ministre de la Défense issu des rangs de la rébellion, de programmer en priorité la liquidation définitive de la force de nuisance de la SELEKA. Comble de paradoxe : il faudra vite cantonner, puis démobiliser la SELEKA, association de malfaiteurs devenue incontrôlable !

Attelage hétéroclite de desperados d’anciennes factions rebelles (UFDR, CPJP, CPSK, UFR) dont la plupart avaient pourtant déjà entamé leur processus de démobilisation et espéraient une réinsertion qui tardait à venir, la nouvelle coalition SELEKA (qui n’a certainement de centrafricain que sa seule dénomination en sango et ses dirigeants fantoches) a surpris le pouvoir de Bangui par la fulgurance et la violence de ses attaques depuis le 10 décembre 2012 à partir des villes septentrionales de Ndélé, Bria, Ippy, kaga-Bandoro, Bambari, Grimari qui sont tombées les unes après les autres comme des mangues trop mûres sous l’harmattan…

Les éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) mal équipés et très peu aguerris sont bien vite submergés par la puissance de feu des assaillants et optent pour une retraite tactique pour masquer une lamentable déroute ou une défaite devant l’ennemi.

Nul doute que beaucoup de stratèges militaires de l’Etat-major des FACA justifieront cette grande débâcle par la brusque levée des barrières illégales qui n’étaient somme toute qu’une autre source de manne supplémentaire pour les corps habillés plus habitués aux petites rapines et tracasseries routières qu’à la sécurité.

Que sont devenus ces fiers « libéros », soudards ridicules qui paradaient naguère dans les rues de la capitale Bangui pour terroriser la paisible population ?

Où est donc l’armée restructurée du Général Kangara et de ses fils officiers bardés de galons ? Par simple honnêteté intellectuelle, le Chef des armées aurait dû purement dissoudre les FACA comme ce fut le cas pour l’administration des Douanes, au lieu de limoger son fils le ministre Délégué à la Défense ainsi que son ami le Chef d’Etat-major.

Voilà ce qui advient dans un pays la majorité des officiers se sont transformés en affairistes ou politiciens véreux et oublient leur mission régalienne de défense de la patrie !

En moins d’une quinzaine, la horde hirsute des barbares qui pillent, volent, violent et tuent tout sur son passage, finit par s’arrêter pile à Damara face à la ligne de démarcation du bataillon tchadien de la FOMAC dont la détermination et la combativité ne sont plus à éprouver.

Idriss Deby Itno a une fois de plus prouvé que la sécurité et la paix dans sa dernière province de l’Oubangui-Chari dépendaient de N’djamena.

En effet après la retraite de la ville de Sibut, le ton avait monté d’un cran au niveau des forces de la FOMAC et la prompte réaction au sommet extraordinaire de N’djamena a fini par sauver provisoirement la paix et surtout les Banguissois qui ont pour la première fois de leur existence passer les réveillons de fin d’année dans la frayeur et le couvre-feu.

Tel un roseau, le pouvoir fragile de Bangui vacille, ploie mais ne rompt pas : très vite la Coordination Citoyenne d’opposition aux Rebellions Armées (COCORA), comme un diable sorti de sa boîte, organise la rue grognarde devant l’ambassade de France, pays colonisateur qui enverra dare-dare 600 hommes pour protéger ses quelques deux mille ressortissants apeurés.

Une telle manifestation de nationalisme aveugle « aux cailloux » ne s’était plus revue depuis 1976 à l’époque où Bokassa réclamait à la France sa propre planche à billets.

François Hollande joue à Ponce-Pilate et se dresse sur des faux principes de non–ingérence dans les conflits internes. N’est-ce pas une autre opération Licorne II qui se préparait en plein cœur de l’Afrique ?
L’ambassade des Etats-Unis de son côté, tire sa révérence et ferme ses portes déjà mi-closes. Les autres expatriés inquiets s’envolent à tire-d’aile pour éviter le grand carnage et le bain de sang en vue.

Même certains dignitaires du KNK quittent subrepticement le navire en perdition dans la tempête comme les souris à l’approche du naufrage, sollicitent la protection du BINUCA ou nouent discrètement des contacts avec les têtes de pont des assaillants infiltrés à Bangui.

Mais à quelque chose, malheur est bon. L’opposition dite démocratique du FARE qui a tant sollicité la tenue d’un dialogue politique sans succès, s’engouffre dans la brèche et par pur opportunisme, pactise avec la SELEKA pour réclamer la tenue d’un dialogue politique à Libreville et aussi la démission du Chef de l’Etat.
Fort du soutien de ses pairs de la sous-région, Bozizé fait d’immenses concessions (même du bout des lèvres) au Président béninois BONI YAYI, Président en exercice de l’Union Africaine et s’engage à ne plus se représenter à la fin de son second mandat.

En fin stratège et bon parachutiste de l’Armée de l’air, le Général acculé, semble reculer pour mieux sauter. Il compte comme d’habitude sur le pourrissement de la situation intérieure : pourvu que les hostilités s’arrêtent même provisoirement et advienne que pourra dans les trois ans à venir… D’ici là, l’Oubangui n’aurait pas encore changé son cours. Ni même l’Ouham qui coule…

Toute la classe politique centrafricaine alléchée par les mirobolants per diem de l’époque de feu Omar Bongo, se bouscule alors au portillon de Libreville pour dit-elle, sauver la paix.

Mais la SELEKA s’y rend à contrecœur comme à Canossa, sous la pression de la CEEAC et de la communauté internationale car elle estime qu’elle était à deux doigts de prendre le pouvoir à Bangui. C’était là, le seul véritable objectif de ses commanditaires : s’emparer du pouvoir politique à Bangui et faire main basse sur les richesses minières du pays.

La montée en puissance jour après jour de toutes les autres revendications et nombreux griefs contre Bozizé distillés sur les ondes étrangères par l’énigmatique Eric Neris Massi ne sont que simples trompe-l’œil pour la communauté internationale pour masquer leur funeste dessein.

Et la radio RFI s’en donne à cœur joie. Ce double langage plein de perfidie va de plus en plus caractériser le comportement de la SELEKA, aussi bien de ses dirigeants politiques que la conduite des hommes sur le terrain.
Alors qu’un accord de cessez-le-feu provisoire est obtenu, la coalition rebelle tire prétexte d’une prétendue attaque sur le terrain pour avancer jusqu’ aux environs de Damara. Tenaillée plus tard par la faim, elle sortira encore de ses positions de Bambari pour faire une excursion jusqu’à Kouango, revenir sur ses bottes et faire tomber les unes après les autres les villes d’Alindao, Kongbo, Mobaye, Kembé, Dimbi, Pombolo à la porte du Mbomou une semaine seulement après l’accord politique sur la résolution de la crise politico-sécuritaire en République Centrafricaine signé à Libreville le 11 Janvier 2013.
Les représentants de la SELEKA à Libreville semblent de plus en plus isolés de leurs bases où des éléments incontrôlés boudent la nouvelle posture des envoyés spéciaux qui se sont taillé leurs parts de gâteau et semblent oublier les hommes sur le terrain.

Le porte-parole Eric Neris Massi accuse ouvertement l’opposition d’avoir mal négocié les accords de Libreville.

Il est à craindre une nouvelle dissidence interne à la rébellion SELEKA qui échapperait totalement aux mains des rares nationaux de la coalition attirés désormais par les feux et les fastes du pouvoir politique à Bangui.
Les hommes du terrain pour la plupart des mercenaires du Darfour, des rebelles tchadiens et quelques centaines de djihadistes leur rappellent par le non-respect du cessez-le-feu qu’ils sont toujours là, qu’ils n’ont pas été rétribués et ont encore le dernier mot.

Et ce ne sont pas les propos chimériques d’un Christophe Ghazam-Betty qui pourront tromper les centrafricains. Aujourd’hui, la coalition SELEKA occupe les 2/3 du territoire national sans coup férir : les préfectures de la Vakaga, Bamingui-Bangoran, Nana-Gribizi, Haute-Kotto, Basse-Kotto, Ouaka, Kémo, Mbomou, une partie de l’Ombella-Mpoko jusqu’à Damara, une partie de l’Ouham (Batangafo).

Il ne leur reste plus qu’une seule région (Mambéré-Kadéï, Sangha-Mbaéré, Nana-Mambéré), les préfectures de la Lobaye, de l’Ouham-Pendé et une partie de l’Ouham et de l’Ombella-Mpoko. C’est la partie « utile » ou la zone économique du pays qui leur échappe désormais. Mais pour combien de temps encore ?
Il suffira aux troupes de la SELEKA dont la puissance de feu est restée encore intacte de faire sauter le verrou de la ville de Bouca, pousser un raid sur Bossangoa, continuer vers Bozoum et avancer sur la place forte de Bouar.

Une fois la garnison de Bouar prise, le principal corridor de ravitaillement du pays est coupé et la route pour la conquête des autres villes sous contrôle gouvernemental (Carnot, Berberati, Gamboula, Nola, Boda, Mbaïki, Bimbo et enfin Bangui) est largement ouverte.

Mais nous sommes encore loin de ce tableau surréaliste de victoires à la manière d’Alexandre Le Grand. En attendant, il est clair pour tout homme de guerre avisé qu’il est beaucoup plus difficile de reprendre des villes conquises par des ennemis que de défendre une position forte. Gageons que le nouveau Gouvernement d’Union Nationale aura fort à faire pour ramener définitivement une paix durable dans un pays en perpétuelle crise depuis près d’une vingtaine d’années, concomitamment, relancer l’économie nationale une fois de plus à genoux, doter toutes les zones saccagées de nouvelles infrastructures administratives et sociales et enfin organiser des élections générales crédibles et transparentes.

Tout cela en une année civile et le compte à rebours a déjà commencé.

Nous leur souhaitons bien du courage !

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