RCA : la Seleka dénonce des exactions du gouvernement

Par RFI

Alors que le président centrafricain François Bozizé a appelé, ce dimanche 30 décembre, les rebelles à « cesser de verser du sang », la Seleka a répondu en pointant des exactions dont se rendraient coupables les autorités envers ses proches résidant à Bangui. Sur place, on parle d’arrestations arbitraires, d’enlèvements, voire de rafles. Le gouvernement a répondu en parlant de prétexte pour ne pas négocier, et en retournant les accusations à ses adversaires.

L’alliance rebelle Seleka a d’emblée déclaré ce dimanche qu’elle ne pouvait se contenter d’une simple participation à un gouvernement d’union, sans donner de précisions sur ses ambitions à long terme. A court terme, en revanche, Eric Massi, porte-parole de la Seleka, réclame des garanties sur la sécurité des familles d’insurgés à Bangui.

« Je n’ai pas entendu dans ces propositions une proposition allant vers l’arrêt immédiat des exactions à l’encontre de nos familles, et vers leur libération, a-t-il déclaré. Nous lui demandons de cesser immédiatement les exactions à l’encontre nos familles et de libérer toutes ces personnes qui ont été enlevées ces derniers jours, et qui ont été emmenées pour des destinations inconnues. »

Des ONG enquêtent sur des enlèvements.

Pour le gouvernement, les trois propositions formulées par François Bozizé prouvent que le président a à cœur de ramener son pays sur le chemin de la paix. Le ministre de l’administration du territoire Josué Binoua réfute, lui, toute allégation d’exactions.

« On ne peut pas aller de prétexte en prétexte, lance-t-il. Ils ont accusé le président de la modification de la Constitution, une réponse a été donnée. Ils sont mal placés pour parler d’exactions. Ils tuent, ils violent, ils détruisent, ils versent du sang. Et ils osent parler d’exactions. Soyons sérieux. »

Des organisations de défense des droits de l’homme centrafricaines enquêtent par ailleurs sur l’enlèvement cette semaine, près du quartier Miskine à Bangui, d’une cinquantaine de jeunes de confession musulmane qui seraient proches de la rébellion Seleka.

Bozizé : « Pourquoi quitter le pouvoir ? »

Cela n’a pas empêché le président François Bozizé de se poser en père de la nation, dans son intervention de ce dimanche. « Je demande à tous mes frères de la classe politique, des mouvements politico-militaires, ainsi que le nouveau mouvement Seleka, de cesser de verser du sang inutilement, a-t-il posé. Nous n’y gagnons rien dans un pays aussi pauvre, parmi les derniers du monde. »

A ses côtés, le président en exercice de l’Union africaine, le Béninois Boni Yayi, qui a fait l’aller-retour depuis Cotonou pour rencontrer son homologue, s’est félicité « de la sérénité et de la détermination du président Bozizé pendant leurs échanges ». Il a aussi eu un mot à l’attention des rebelles de la Seleka : « je leur demande pardon, qu’ils acceptent ce pardon. Et qu’ils arrêtent de donner le sentiment que Bangui doit verser du sang. »

Au jeu des questions-réponses, le président Bozizé a ensuite été invité à réagir à la menace de la Seleka de marcher sur Bangui s’il ne quittait pas le pouvoir. « Pourquoi quitter le pouvoir ? Moi je ne respecte que la Constitution, a-t-il répondu. S’ils sont hors-la-loi, ils n’ont qu’à venir. C’est tout ce que je peux dire. »