ANALYSE/Centrafrique : Le match ou tout le monde est perdant

Fabiana Álvarez | LNC

La sanglante prise du pouvoir par les Séléka, foncièrement dès le 12 décembre 2012, pour inéluctablement prendre corps le 26 mars 2013, pouvait être interprétée comme une fois de plus, s’inscrivant dans la ligne des troubles militaro-politiques à la mexicaine qui font le charme pervers et la spécificité du pays de Boganda.

Un pays qui, fraîchement indépendant selon la vision de l’ancienne colonie, revenant à dire ‘on garde la main dessus’, démarrait mal sa prise de liberté.

Le premier président de la République Centrafricaine n’était déjà pas élu.

Résultat de recherche d'images pour "david dacko"C’était David Dacko, inaugurant une solide culture de ‘présidents auto proclamés’, et si possible prédateurs et incultes.

Une singularité par ailleurs sous régionale bien bantoue.

Le prévu, le légitime, mais le très dérangeant, Barthélémy Boganda, fut tout simplement occis par les services secrets de l’ancien pays colon.

Depuis, jamais personne dans la nouvelle république aux accents déjà bien bananiers, n’a osé réclamer ne sertai-ce qu’une enquête en bon et dû formes sur les circonstances de l’assassinat du père de la Nation.
La Métropole avait dès le départ tout bloqué…Et, tout le reste par la suite, toujours bloqué.
Aucun officiel centrafricain n’a jamais eu le courage de réclamer des éclaircissements sur l’attentat mortel dont Barthélémy Boganda fut victime. Et de toutes les manières, la France ne le permettra une fois de plus jamais; tant elle a toujours gardé le contrôle directement ou indirectement sur son si lointain ancien territoire de jeu colonial.

LE SYNDROME DE STOCKHOLM

Comme toujours en Afrique noire, ça va toujours mieux avec des images, et des métaphores, plutôt qu’avec de savantes démonstrations perçues comme absconses; disons alors que l’intervention française, une fois encore en RCA, équivaudrait pour des israéliens à faire appel au 3ème Reich pour venir les sauver du malheur.

La France internant en Centrafrique, ce n’est ni plus moins que cela.

Le souvenir des terribles sévices coloniaux voudrait qu’elle soit la dernière à y remettre les pieds.
Et pourtant..La mémoire est toujours courte sous les tropiques, seul l’instant présent est réel, preuve de lucidité, mais en occurrence, adage inscrivant l’être dans l’instantanéité superficielle et végétative, si le continuum historique n’est pas pris en compte.

Un paradoxe ! C’est toujours à l’ancien terrible bourreau que l’on fait une fois de plus appel. Celui qui est dépicté selon les modes et les époques, de ‘parent’ de ‘cousin’, mais toujours de planche de salut.
Une planche pourtant bien mince au salut offert bien hypothétique.
Observation échappant toujours aux politiciens locaux.

Une victime, plus elle a souffert de son bourreau, et plus elle a tendance à le totémiser, selon le schéma assez pervers de l’horizon limité.

“Tu n’existes, tu n’as de réalité que parce que je t’ai fait beaucoup de mal. D’ailleurs avant que je ne te découvre, tu n’existais pas.”

Les centrafricains ne peuvent se ‘réfléchir’ autrement qu’à travers les prismes de la France, France que nous qualifierons de ‘symbolique’ ou de ‘mythique’, une sorte de phalanstère immuable.
Mais la fixité culturelle et rétrograde oubanguienne a tendance en outre, à la figer dans le temps, comme dit un peu plus haut, comme un TOTEM, foyer occulte de toutes les possibilités.

Sociologiquement et psychanalytiquement parlant, les centrafricains ne se sont jamais remis de la décolonisation.

Une parodie en vérité plus superfétatoire que réel qu’ils n’ont jamais réalisés ou plus sûrement, dénient.
Le comportement des centrafricains à toujours faire appel à la France pour venir suppléer leurs faiblesses, s’apparente à celui des résidents d’une province française, clamant le soutien de l’administration centrale.
En cela, ce n’est guère différents des Antilles toujours sous le joug colonial, et incapables de s’assumer en propre.

Car le binational centrafricain est d’abord français, et accessoirement centrafricain ensuite.

Avoir la nationalité française est un Graal ayant plus de poids que l’oubanguienne.
Et politiquement, la Centrafrique se pense depuis le début, dans des impérities de constante dépendances de la France.
Dépendances allant au delà du politique, elles sont aussi sous-culturelles.
On singe toujours la France avec des kilomètres de trains de retard.

Et ceci a eu pour effet d’avoir des réponses diverses et variées aux demandes de soutien des centrafricaines de la part de la ‘métropole’.

Car la France de 2013 n’est pas celle de 1902, ni celle de 1964, ni celle de 1975.
La France de Hollande n’a rien à voir avec celle de De Gaulle.

Les centrafricains espèrent naïvement de la France un regard bienveillant et paternaliste. A rebours la France elle se complaît dans des calculs froidement intéressés.
Un vice de forme que les centrafricains se refusent à voir.

LA FRANCE EN CENTRAFRIQUE POUR L’AIDER PAR HUMANISME ? MAIS SEULS LES GOGOS PEUVENT Y CROIRE.

La France n’est jamais intervenue en RCA par humanisme, ce fut toujours par intérêt. Quand elle ne faisait pas dans le soviétisme en installant des dictateurs patentés au pouvoir, elle faisait dans le colonial le plus caricatural comme en 1979.
Et à chaque fois, avec des justifications les plus démagogiques les unes les autres.

CES TRÈS NUISIBLES VISIONS ET APPROCHES

L’esprit bonapartiste très français adopté en RCA continue de freiner son développement et son rayonnement, ne serait-ce que politique et social.

La centralisation y est tellement à outrance que, faute de moyens, le pays en est réduit à sa seule capitale, aspirant près du 1/4 de la population nationale.

Nous écrivions déjà il y a 10 ans : “La Centrafrique ce pays qui n’existe pas.”

Les ferments non pas de la division mais de l’explosion – car si tentation de division, encore eut-il fallut qu’il y’eut unité préalable – étaient déjà là dès 1960.

La République Centrafricaine, simple expression géographique, tare de l’espoir de la grande CENTRAFRIQUE devant réunir les territoires du Tchad, de l’Oubangui Chari, des Congos, de l’Angola, du Cameroun, du Gabon, fit long feu.
Ne restât que ce reliquat enclavé de 617.000 kms².
Un territoire qui malgré tout est très riche en variétés ethniques, mais ne se connaissant pas – et surtout, refusant de se connaître. Une richesse devenant finalement sa plus grande faiblesse.
Et pratiquement coupé en 2, un Sud dominant, et un Nord oublié.

Une personne d’ethnie rounga ou goula à Bangui la capitale est d’office traitée ‘d’étranger’, de ‘musulman’ de soudanais ou de tchadien.

Le Sud détenant le peu de pouvoir régalien disponible n’a jamais fait une once d’effort pour le Nord, qui du coup, est frustré.

L’INEVITABLE GUERRE CIVILE OU LE SYNCRÉTISME D’UN APOCALYSME PREVISIBLE

En ne se connaissant pas, on ne peut pas s’aimer.

Et une mèche allumée suffisait pour faire exploser la poudrière d’une division sous-jascente.
Et la mèche fut la Séléka.
La Séléka dans le pays n’a fait que se substituer au principe du tribalisme initiée sous la présidence de Kolingba, que Patassé s’emploiera à accroître et à systématiser en méthode de gouvernance.

L’unité du pays ne tenait que sur les béquilles flageolantes de slogans sans fondement.

Les multiples rébellions émaillant la courte histoire du pays se trouvaient régulièrement encouragées par l’absence de l’autorité de l’ETAT, par l’absence de Constitution (ce papier des blancs que personne ne respecte), et surtout par les exemples répétitifs et négatifs des coups d’Etat.

‘Si lui est arrivé au pouvoir comme ça, pourquoi pas moi ?’.

D’autant plus que ‘maman métropole’ laissait faire, validait, suscitait, encourageait, soutenait, selon ses intérêts du moment.

Dès le 5 décembre 2013, le réflexe colonial a joué.
Les soldats français désarmaient les ‘barbares’ mais les laissaient à l’abandon de la vindicte de leurs victimes.
Indirectement, quelque part ils donnaient le feu vert pour les meurtres dans Bangui. L’impunité étant d’office acquise.
Ces soldats ne réagirent enfin, et encore mollement, que suite aux diffusions dans les media des images atroces des assassinats et des mutilations à grande échelle de populations musulmanes; plus le revers, des images des représailles du camp d’en face tout aussi atroces.
Car il y’avait fort à parier, que comme au Rwanda, elle aurait laissé faire si ces meurtres se firent dans la discrétion.
Officiellement, pour la France, elle est blanche comme neige dans le conflit rwandais, comme des décennies plutôt, elle le fut dans le génocide biafrais.

Y ajoutons les intoxications sémantiques : ‘situation génocidaire’, ‘Conflit inter religieux’…Des mots à grave portée qui en l’espèce sonnent creux, et outils à toutes les manipulations des esprits.

“Quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier.”
– Maxwell Scott

“Ils allument le feu, ils l’activent Et après, ils viennent jouer aux pompiers.”
– Tiken Jah Fakoly

Ce qui n’est que guerre civile (en soi déjà grave) créée par les brigands de la Séléka devient conflit inter religieux. Et d’aucuns de supputer sur des théorisations hasardeuses d’invasion religieuse. Ce qui n’est que tentatives de reprise de pouvoir par la force des milices de Bozizé, devient ‘milices chrétiennes’, Ce qui EN FINAL n’est que pis aller et fatuité imbécile.

Des sentences artificielles, factuelles, mensongères, plaquées sur des réalités volontairement ignorées et aux fondements et aux ramifications bien plus complexes.

La Centrafrique n’est pas le Mali, c’est autre chose de plus trouble.

Ce qui nous fait dire que la prétention puérile de François Hollande d’une présence française en RCA pour 6 mois consacrait une certaine forme de pusillanimité, et quelque part d’un certain dédain, refus de connaître ce que l’on ne veut pas savoir.

Les discours relevant du vocabulaire de la guerre civile sont déjà là. “Pas de musulmans chez nous”, “On est chez nous”, “On va tuer tous ces cafards” etc….
Hier encore, les hordes Séléka faisaient la loi dans le pays, tuant, pillant, violant, cassant tout, dans l’indifférence, et du pouvoir local, et de la communauté internationale.
Et même ici et là, des seigneurs de guerre déculturés commençaient à imposer la Charia islamique dans les zones sous leurs contrôles.

Un camp opprimé une année durant réagit maintenant, profitant du flou et du laxisme, et très violemment. Malheureusement comme souvent dans les confusions des guerres civiles, contre pas toujours les bonnes personnes.
La guerre civile est le fruit du dérapages des colères de la foule, qui par définition ne pense pas, ne raisonne pas, mais peut se faire instrumentaliser.

Et il est très dangereux de ne surtout pas réduire la situation faussement à une affaire de guerre religieuse.

IL N’ Y A PAS DE CONFLITS RELIGIEUX EN CENTRAFRIQUE.
DE TELLES AFFIRMATIONS RELÈVENT DE LA DEMAGOGIE D’OPPORTUNISTES PYROMANES.
NI PLUS NI MOINS.

Néanmoins, depuis que le monde est monde. Les cycles infernaux de crimes impunis, entraînant vengeances, elles-mêmes suscitant représailles…Et on prend tout et l’on recommence, eurent toujours les effets de mise à bas d’un pays.

La Centrafrique déjà bien fragile avant ces événements s’en relèvera t’elle ?
Un questionnement prioritaire, au moment ou soit des futurs profiteurs, soit des inconscients déjantés eux parlent d’élection, comme si de rien n’était.
Une totale utopie que Nicolas Tiangaye validant, se déclasse définitivement en tant qu’idiot de service.
CE N’EST PAS PARCE QUE LE BLANC L’A DECIDE QU’IL FAUT LE FAIRE. TU VAS LE FAIRE COMMENT ?
D’AUTANT PLUS QUE LA PRIORITE DU MOMENT EST AILLEURS.
LES GENS ONT FAIM, ILS S’ENTRETUENT, ILS N’ONT PAS LA SECURITE.
ET VOUS VOULEZ LES FAIRE VOTER ?

© Décembre 2013 LNC