ANALYSE : Presse centrafricaine, presse médiocre, mais est-ce vraiment de sa faute ?

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Firmine YABADA

PARIS [LNC] – Les premiers journaux papiers centrafricains furent mis en place de l’époque de Bokassa, avec ‘Terre africaine” et “Bangui Match”, une espèce de succédanée du “Paris Match” français. Et tous, sous contrôle vigilant de Bokassa lui-même, bien évidemment. Et important de rappeler que sous Bokassa, il n’existait pas de liberté d’expression, et encore moins de celle de la presse. Il n’y avait même pas d’assemblée nationale. Ce que certains inconscients actuellement le louant par une inquiétante nostalgie de bazar, semblent avoir oublié. D’ailleurs la plupart n’ont même pas vécu sous l’étau de fer en RCA de Bokassa. La presse dite telle, ne commencera à fleurir vraiment qu’au début des années 2000. Ce qui est fort récent. Tout comme la possibilité de libre expression d’opinions contradictoires. Car ce pays en est encore à expérimenter difficilement le concept de DÉMOCRATIE. Une nouveauté fort récente. Mais les habitudes perdurent de refus d’acceptation de la contradiction d’opinion d’autrui. En RCA, tout est individualisé. Quand quelqu’un n’est pas d’accord avec vous, vous en faites votre ennemi. Qu’en est’il de cette presse émergente ?

La presse reflète aussi la médiocrité qui envahit toutes les sphères du pays !

En matière de Presse papier à Bangui (là où tout se fait, et uniquement là), des dizaines de media ont vu le jour : Media+, Centrafric matin, l’Agora, Le potentiel etc… Mais tous souffrant d’un même mal : le sous financement, et l’absence de projet économique.

Conséquence, en absence de présence dans le pays d’un tissu industriel conséquent, pouvant les financer par la publicité, ils sont ouverts à tous les vents de la manipulation et de l’instrumentalisation par les puissants politiciens de la place. Ce ne sont plus que des journaux d’opinion, à l’instar Centrafric matin, où Julien Bella s’en sert pour y publier ses délires pro gouvernement, et sans aucune espèce de distance journalistique ou de sens critique. Ne parlons même du “Potentiel“, pour ne citer que lui, n’étant qu’un media couché.

Le pire, et quelque part heureusement, les audiences de la presse papier à Bangui n’excèdent pas les 300 exemplaires vendus par jour. Ce qui en font des épiphénomènes.

PRESSE EN LIGNE

Avec internet, la donne a très sérieusement changé. Et des media en ligne taillent tous les jours des croupières aux media papier, qui finalement n’intéressent personne. Les internautes centrafricains, dorénavant, plébiscitent les media en ligne. En plus c’est gratuit.

Mais là aussi, c’est du blougui blouga. Comment distinguer un site professionnel de presse d’un blog amateur ? C’est impossible si l’on ne connaît pas le sujet.

L’offre d’information sur la RCA s’est démultipliée en quelques années à la vitesse des champignons dans les bois. Mais dans cette abondance, il faut faire le tri : De qui est juste blog amateur se faisant habilement passer pour un organe de presse, en s’inventant des correspondants fictifs dans le pays, de qui l’est vraiment ?

C’est plus facile de désigner qui est pro de qui ne l’est pas.

Les pros : RTCA (TV), Radio Centrafrique, Radio Ndeke Luka (côté audio), ACAP, le RJDH et LNC de LAMINE MEDIA. Tous les autres sans exception, malgré leurs affichages de faire croire que… de Corbeaunews, au Tsunami, en passant par Djonisango, ne sont que des blogs amateurs n’ayant pas le statut de media de presse professionnel. Ce qui ne les empêche pas pour autant de fournir des informations parfois crédibles et sourcées. Mais ce ne sont pas des media de presse au sens propre du terme.

Mais les lecteurs ne font pas la différence entre une information fournie par un blog comme Corbeaunews, d’un professionnel comme le RJDH. Des subtilités qui leur échappent. Comment le pourraient-ils ?

Les blogueurs sont utiles, à condition de ne pas se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. La déontologie de la presse l’exige.

Mais qu’est-ce qui distingue un amateur d’un professionnel ?

1- Le statut juridique de l’entreprise productrice  – Nous LNC c’est LAMINE MEDIA

2- L’utilisation de journalistes et de personnel payés. Les passages de Pacôme Pabandji et d’Hippolyte Donossio sur LNC ne furent pas gratuits, mais payés par LAMINE MEDIA en tant que pigistes. Les journalistes du RJDH, d’ACAP tout comme ceux des radios et tv, Radio Centrafrique et Radio Ndeke Luka sont des salariés des entreprises.

QUALITÉ ?

C’est là le point d’achoppement commun à tous : La médiocrité des productions. Si l’on sait trouver l’information, en général, on est incapable de l’exploiter professionnellement dans la rédaction des articles. 

Entre imprécisions de sources, des fautes de syntaxe de sémantique et d’orthographe, la presse centrafricaine détient le pompon mondial de la médiocrité. Raison pour laquelle elle n’est pas crédible dans le monde. Personne ne reprend un article rédigé par un media centrafricain. On butte tout de suite sur les fautes. Ce que nous avouait un confrère de l’AFP.

La faute à une totale absence de formation des journalistes à leur métier. Car dans ce pays, tout le monde peut se déclarer journaliste. Or c’est un métier. Comme pour un médecin, ça ne s’improvise pas.

Analyse de Magloire LAMINE le co-fondateur de LNC : “Je vais tâcher de ne pas être méchant et de ne pas sortir des horreurs. Mais vu d’occident, c’est à tomber de sa chaise quand on lit ou écoutons ces gens là. Ce n’est même pas digne de gamins de primaire. Exemple en passant, tous s’entêtent à écrire “village x” au lieu de “village de x”. Ils disent bien “ville de Bangui”, et non “ville Bangui” non ? Bref, tout ça fait ressortir des incultures crasses tout simplement, et des absences de formation à ce métier. Ce qui fait que, lorsqu’ils publient des informations sérieuses, le style d’écriture utilisé les rend ridicule. Et ils ne s’en rendent même pas compte. Je vois que vous passez maintenant votre temps à vous moquer d’eux avec votre rubrique “A travers la presse centrafricaine déchaînée”. C’est édifiant. Mais à part constater, on fait quoi ? En 2013, nous avions tenté de leur tendre la main, mais en vain. Ils l’ont mal pris, et de haut, et depuis nous boycottent. LNC est exclu du syndicat de la presse centrafricaine, et sans raison. NGOULOU par exemple reprochait à nos journalistes de poser trop de questions dérangeantes lors des conférences hebdomadaires de la MINUSCA, et de faire trop de bruit. Depuis, on n’y va plus. Et en absence de projet économique, comment les Bella et autres payent-ils leurs journalistes, si ce n’est en faisant de la lèches aux puissants locaux ? Je ne les blâme pas. C’est inutile. Ils font avec les moyens du bord. Leur gros problème est qu’ils s’enferrent dans un dangereux autisme ne les aidant pas à progresser. En ont-ils vraiment l’envie ?”

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