Centrafrique : Corruption mode d’emploi !

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Eve MALONGA

BANGUI [LNC] – La corruption en Centrafrique était déjà un sport national, mais cela n’a jamais atteint un tel niveau. Et l’exemple vient d’en haut. Le président du pays en a même fait, en toute impunité, un de ses outils préférés de gestion du pays. C’est ainsi que d’une Assemblée nationale où il n’avait prise, il en a fait par la corruption de la majorité des députés, une instance à sa botte, en transformant les députés en godillots.

Au dernier classement mondial de  l’ONG allemande, Transparency International, en date du 21 janvier dernier, la RCA arrive très fièrement au 36ème rang sur 54, des pays africains les plus corrompus du continent. Mais, Youpie ! Devant le Tchad (41), le Congo Brazza (43) et la RDC (44). 

Au niveau mondial, le Centrafrique figure à la 156ème place sur 180. Pas de quoi fanfaronner.

SUR QUOI SE BASE CE CLASSEMENT ?

L’indice classe 180 pays et territoires selon leurs niveaux perçus de corruption au sein du secteur public, sur la base d’appréciations d’experts des secteurs privé et public. Cet indice utilise une échelle de 0 à 100 dans laquelle 0 correspond à un pays extrêmement corrompu et 100 à un pays sans corruption. 

Il est à noter que les régimes autocratiques, les troubles civils,  des institutions faibles et  des systèmes politiques insensibles sont les terreaux de  la corruption. Les pays peu performants présentent, pour la plupart, un certain nombre de points communs, parmi lesquels un exercice limité des droits politiques, une liberté de la presse peu garantie et un État de droit faiblement développé. Dans ces pays, les lois sont souvent inappliquées et les institutions ne disposent que de peu de ressources, n’étant pas préparées pour traiter les plaintes pour corruption. Les conflits internes et l’instabilité des structures de gouvernance contribuent en outre à des taux élevés de corruption.

ET SUR LE TERRAIN ?

En Centrafrique, un pays au tissu industriel nul, selon les experts deux entreprises privées sont accusées de faire aux gouvernements successifs du chantage à l’emploi. Le Groupe KAMACH et la brasserie MOCAF. Les régimes ont beau passer, ces deux colosses restent immuables. Explications données par un fonctionnaire au ministère du travail à Bangui : “Elles ciblent le pouvoir et lui donnent de l’argent c’est tout. Ca remonte au temps de Bokassa, qui commençait à racketter ces entreprises pour satisfaire ses caprices. Les habitudes sont restées, voilà.”

En enquêtant à Bangui, les langues peinent à se délier. Un seul fonctionnaire, cadre de l’ENERCA a osé nous répondre : ” Que croyez-vous ? Quand les gens travaillent et ne sont pas payés depuis des années, comment voulez-vous qu’ils s’en sortent ? Il y a les petits boulots à côté, les petits trafics, et bien sûr les “kètè ngoros” (bakchich) qu’on demande aux gens qui viennent dans les services pour avoir des documents officiels. Moi-même, j’ai un petit véhicule qui fait du transport de marchandises de province à Bangui, ça nous aide à survivre. Parce que s’il faut compter sur son salaire, on serait mort depuis longtemps. Après, au niveau de l’état, on passe au niveau industriel. Aux entreprises qui s’installent ou qui investissent dans le pays, on demande le versement de marges arrières. Et cet argent tombe dans les poches des ministres et des hauts fonctionnaires. C’est connu, tout le monde le sait.

-Cela ne vous dérange pas de travailler sans être payé pendant des années ?

Madame, on est en RCA, c’est comme ça !

-Et que pensez-vous de la corruption à grande échelle des députés par Touadera ?

Pouf ! C’est normal, ils ont tous fait ça avant lui, KOLINGBA, PATASSÉ, BOZIZÉ. Rien de nouveau. Les centrafricains ne sont même pas surpris, c’est dans les mœurs. Les élections c’est pareil, on sait qu’ils truquent les choses systématiquement. On peut quoi y faire. La MINUSCA est là, elle le sait, et elle laisse faire.”

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