Centrafrique : L’accord de paix de Khartoum explose en plein vol !

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Fatima Katiza LAMINE

GENÈVE [LNC] – Vendredi dernier, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Nada Al-Nashif, la cheffe adjointe des droits de l’homme de l’ONU a brossé un inquiétant bilan de la situation sécuritaire en Centrafrique : « Quelque 634 incidents de violations des droits de l’homme impliquant 1.092 personnes, dont 156 femmes, 118 garçons et 72 filles, ont été documentés entre septembre 2019 et mai 2020 ». En soulignant le caractère très préoccupant  de graves violations des droits humains commises à l’encontre des enfants. Le Centrafrique étant connu pour être le pays au monde le plus dangereux pour les enfants.

Puis, de s’épancher sur le cas des groupes armés, pourtant signataires de l’accord de paix, mis à l’index, comme continuant « à tuer, mutiler et maltraiter des civils ».

Du bilan, les abus et violations documentés se sont concentrés dans les préfectures périphériques du pays, dans le nord-ouest de l’Ouham et l’Ouham-Pendé, et dans les zones centrales de la Haute-Kotto, du Bamingui-Bangoran et de l’Ouaka.

« Plus de 90 % de ces attaques contre les civils ont été attribuées à des groupes armés, pourtant signataires de l’accord de paix », précise Nada Al-Nashif.

Corollairement, les agents de l’État, en particulier les Forces armées de la RCA (les FACA), la police et la gendarmerie ont été responsables de 54 cas de violations des droits de l’homme depuis septembre, impliquant 67 victimes. Cela représente environ 8 % du nombre total de violations documentées.

Nada Al-Nashif ensuite de détailler un climat de terreur généralisé, avec en exemple, des affrontements dans la préfecture du Bamingui-Bangoran. Où là bas, des heurts violents ont opposé des éléments armés des factions armées, Rounga et Goula du Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC), ayant occasionné la mort d’au moins 42 civils. « L’une des victimes est une fillette de sept ans qui a été décapitée, et l’autre – un bébé de quatre mois dans le dos de sa mère – toutes deux tuées », a ajouté la Haut-Commissaire adjointe. « Les rapports selon lesquels des enfants ont été utilisés comme boucliers humains pour empêcher le déploiement efficace des soldats de la paix des Nations unies sont particulièrement inquiétants », a dénoncé la Cheffe adjointe des droits de l’homme de l’ONU, tout en relevant que des écoles ont été pillées et deux ont été incendiées ».

« Il est regrettable que des groupes armés qui avaient répondu à l’appel pour un cessez-le-feu du Secrétaire général continuent leurs exactions », a-t-elle martelé.

De son côté, Yao Agbetse, expert indépendant sur la situation des droits de l’homme en République centrafricaine de compléter : « Les groupes armés signataires de l’accord de paix ont commis de multiples violations des droits de l’homme en vertu du droit international humanitaire, au moins 80 % des 446 violations en 2019 étant attribuées aux groupes armés. »

Ajoutant que plus largement, la situation sécuritaire fragile a aggravé la situation humanitaire dans le pays et déclenché le déplacement forcé de la population des zones de combats actifs vers des zones considérées comme relativement calmes. Les violations documentées comprennent des homicides, des menaces de mort, des traitements cruels, inhumains et dégradants, des blessures, des violences sexuelles liées au conflit, des enlèvements, le recrutement voire l’utilisation d’enfants dans les forces et groupes armés, des privations arbitraires de liberté, des attaques contre les hôpitaux, le personnel humanitaire et celui des Nations Unies, des confiscations et pillages et la taxation illégale. 

Face à ce triste bilan difficilement contestable par des arguties, Léopold Ismaël Samba, le Représentant permanent de la RCA auprès de l’ONU à Genève, de tenter de sauver la face : « Notre pays est résolument engagé dans la lutte contre l’impunité ». Et d’évoquer « les avancées de la poursuite de l’opérationnalisation de la Cour pénale spéciale (CPS).»

Et d’ajouter que « La RCA collabore aussi avec la Cour pénale internationale (CPI) pour justice soit rendue aux victimes »

Ce qui n’a pas vraiment convaincu grand monde.

RÉFUGIÉS DE L’EXTÉRIEUR LES GRANDS OUBLIÉS DE LA RÉPUBLIQUE

Confidence sous le sceau de l’anonymat d’une humanitaire d’OCHA à Bangui sur la situation des réfugiés : « Nous les humanitaires sommes seuls face à ce très grave problème des réfugiés centrafricains exilés de force dans les pays frontaliers. Ce ne semble pas être une préoccupation du gouvernement. Il ne nous demande même pas des nouvelles de ces pauvres  gens. »

A préciser que le nombre de ces réfugiés à l’extérieur a encore augmenté selon OCHA CENTRAFRIQUE pour atteindre le chiffre de  615.000.

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