Centrafrique : MINUSCA Vs “3R” de SIDIKI, ou la guerre des communiqués

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Marie-Pierre COPPENS

BRUXELLES [LNC] – Moins d’un mois après l’embuscade tendue à Besson dans la Nana-Mambéré par des hommes des “3R” contre une colonne du contingent rwandais de la MINUSCA, causant des morts et blessés, suite à l’explosion de mines anti-personnel et anti-chars (une première dans l’escalade de l’armement des rebelles); l’heure est venue de déplacer le front des combats sur celui des plumes. Les deux camps s’affrontent désormais par communiqués interposés, chacun camp renvoyant la faute sur l’autre. Aux accusations de la MINUSCA contre SIDIKI de viols des termes de l’accord de paix, ce dernier de répliquer en inversant les rôles, en adoptant une position victimaire. Comme détaillé ci-inclus, dans la copie de son dernier communiqué.

S‘il admet volontiers les morts et les blessés de la MINUSCA, fait de ses hommes, Abbas SIDIKI estime qu’il n’aura réagi, de son point de vue, qu’en situation de légitime défense. Dénonçant même “l’opération lancée sans concertation par le contingent rwandais contre la ville de Besson.”

Et sans ironie aucune, de déclarer que : “Les éléments des 3R stationnés dans cette localité (le sont) pour la sécurité des civils, en absence d’autorité de l’Etat.”

Puis d’accuser la MINUSCA d’entretenir la violence dans le pays, afin de pérenniser sa présence en Centrafrique.

GÉNÉRAL ZIGUÉLÉ : ZIG-ZAG TÊTE DE TURC

Et là, complète ironie de sa part, pour se moquer de Martin ZIGUÉLÉ qu’il nomme “général”. En le rendant responsable de tous les maux centrafricains. Il lui taille un costume sur mesure – citations littérales :

“Suite aux déclarations infantiles et l’attitude dangereuse du général ZIGUÉLÉ, qui a été l’importateur des troubles en 2013, et veut se dédouaner pour l’intérêt électorale du décembre 2020.

Ziguélé est considéré comme officier de rang, mais aux titres privés par la Séléka, le remerciant de son combat diplomatique et financier, pour le coup d’état du 24 mars 2013.

Ziguélé ne peut être en donneur de leçon pour la paix. Il est le responsable de tous les maux qui gangrènent le République Centrafricaine.” Rien que ça !

Puis après s’être défoulé sur la boîte à commérages et à griotiser qu’est “LE POTENTIEL”  aka La ‘voix de son maître’, il conclut, la main sur le cœur et la bouche en fleur : “Le mouvement 3R se réaffirme de son engagement irréversible de la mise en place de l’APPR-RCA” mais avec un bémol, “Si les menaces, provocations cessent.”

Qu’est-ce que c’eut été s’il n’était pas un homme de paix ?

En somme pour lui :  “Ils n’ont qu’à pas m’embêter.”

PLUS SÉRIEUSEMENT

L’inquiétant n’est pas ce que raconte Sidiki. Après tout, il est quelque part dans son rôle. Mais ce que ni la Minusca, et ni le gouvernement ne disent pas. A savoir que désormais, le pays restera balkanisé, avec près de 80% du territoire aux mains de rebelles qui y font la pluie et surtout pas le beau temps. Les bandes armées font désormais partie du paysage centrafricain.

Et SIDIKI a raison sur un point, la MINUSCA est moins préoccupée par sa mission, que par les renouvellements de ses mandats. Car difficile de vendre le fait qu’avec ses troupes et son armement, elle serait dans l’incapacité en quelques semaines, d’éradiquer des demeurés enturbannés en kalachnikov, et des troglodytes cannibales machette à la main.

“Le principe de la simple interposition est une absurdité militaire.” Dixit Pierre DE LACAN

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