CENTRAFRIQUE : Crainte d’une islamisation rampante

Maria Malagardis

Alors que des affrontements ont fait une vingtaine de morts au cours du week-end, les ambitions du président intérimaire Michel Djotodia, qui a renversé François Bozizé, restent confuses.

Tous les clignotants sont au rouge en Centrafrique, pays enclavé au cœur de l’Afrique centrale. Lundi, les habitants continuaient à fuir l’un des quartiers les plus peuplés de la capitale, Bangui, où des heurts entre les forces rebelles de la Séléka et les habitants auraient fait au moins 20 morts ce week-end.

La cause exacte de ces affrontements reste incertaine : selon le nouveau président Michel Djotodia, qui s’est exprimé dimanche soir à la radio, ce sont des nostalgiques de l’ancien président François Bozizé (que Djotodia a renversé le 24 mars) qui auraient provoqué les troupes rebelles de la Séléka, à la gâchette un peu nerveuse.

Mais selon des témoignages recueillis sur place par Radio France Internationale (RFI), dans le quartier de Roy-Babé, théâtre de ces dérapages, les habitants se seraient opposés aux pillages en règle des forces de la Séléka qui, sous prétexte de récupérer des armes, vidaient les maisons «inspectées».

«Tchadiens» et «Soudanais»

En réalité, depuis le départ du peu regretté Bozizé et la mise en place par les armes d’un nouveau régime «transitoire», les braquages et règlements de comptes n’ont jamais cessé. Du moins dans la capitale, car, pour le reste du pays, sans informations fiables et suivies, personne ne sait ce qui s’y passe réellement.

La persistance de cette insécurité inquiétante tient en partie à l’indiscipline des troupes ex-rebelles, mal formées et composées d’un agrégat de mouvements qui voulaient tous déboulonner François Bozizé, dont le régime corrompu était devenu largement impopulaire. Mais après? La victoire est peut-être plus difficile à gérer.

«En réalité, la Séléka est une mosaïque d’où émergent deux grands groupes: les «Tchadiens», soutenus à l’extérieur par N’Djamena, et «les Soudanais», dont Michel Djotodia est la figure de proue», explique un bon connaisseur du dossier.

Mais qui est réellement Michel Djotodia, qui s’est emparé du pouvoir par un coup de force autant militaire que politique, en s’imposant sur certains de ses camarades de combat ?

Depuis son arrivée au pouvoir, cet ancien diplomate en poste au Darfour s’est quelque peu assagi, acceptant notamment de ne rester en place que le temps d’une transition de dix-huit mois, alors que ses premières déclarations étaient plus ambiguës.

Musulman au pouvoir

Reste que de nombreux Centrafricains redoutent aujourd’hui de voir s’imposer une islamisation rampante du pays. Réalité ou psychose ? Difficile de trancher.

Mais le soupçon existe désormais, entretenu par la présence d’un musulman au sommet du pouvoir pour la première fois dans l’histoire du pays. Mais aussi justifié par les exactions des troupes rebelles qui ont attaqué et pillé plusieurs églises en province pendant leur conquête du pays. Dimanche, des roquettes se sont également abattues sur une église de la capitale, faisant sept morts.

Plus préoccupant, dans un document daté du 12 avril 2012, Michel Djotodia affiche des ambitions assez troublantes : s’adressant à l’organisation de la Conférence islamique à Djeddah, en Arabie saoudite, il dénonce la stigmatisation dont feraient l’objet les musulmans en Centrafrique, soutient que «tous les chrétiens sont des menteurs» et dévoile ses intentions: «Si Dieu le veut et que nous arrivons à Bangui, nous allons mettre en place un régime islamique afin d’appliquer la charia», explique celui qui ambitionne alors de «transformer une partie de la Centrafrique, du Tchad et du Darfour en nouvelle République islamiste».

Un an après ce discours, l’énigmatique Djotodia est bien au pouvoir à Bangui, dans une ambiance aussi confuse qu’inquiétante.

Source : letemps.ch