EDITO/LA FRANCE ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME

Par Aline M’Pangba-Yamara
Rédactrice en chef de LNC

Il y a un an, en décembre 2012, François Bozizé, face aux hordes de la Séléka, dans un réflexe très pavlovien, demandait à la France de le sauver, comme cela se faisait à l’habitude.

Mais la France fit la sourde oreille, et le tyranneau autiste de Bangui d’allumer, ce qui deviendra une guerre confessionnelle en RCA, en armant ses séides d’armes et de machettes, mettant la capitale en coupe réglée, et en passant, à pousser ses fanatiques à aller agresser l’ambassade de France.

Le France nouvelle et moraliste de François Hollande, celle du ‘changement c’est maintenant’, de dire que plus jamais elle ne soutiendrait des dictateurs en Afrique.
Un discours depuis compassé et viré en pertes et profits.

La France actuellement est toujours à cul et chemise avec les dictateurs africains, surtout avec l’infréquentable Idriss Deby, pour le pire de la RCA.
Et les tchadiens, pris en otage de subir à leurs dépends.

Car réinstruit au réalisme, François Hollande, le premier des français, d’avoir cette phrase qui a fait le tour de la RCA :

«On ne peut pas laisser en place un président qui n’a rien fait et qui a laissé faire».

Ce ON comme notre journaliste Gilles Deleuze avait relevé, sonnait la charge du retour de la Françafrique.

Car au nom de quoi un ‘ON’ devrait-il décider de la destinée du Centrafrique ?

Du coup, ce fut suffisant pour que même en France, des voix se lèvent pour parler d’opération coloniale de la part de la France en RCA.
Et comment !!!

La mission initiale des Sangaris était de désarmer les soldats musulmans de la Séléka. Ni plus, ni moins.
Ils le firent, mais en abandonnant la communauté musulmane centrafricaine à la merci des coups de balaka des dits ‘Anti Balaka’.
Nos journaliste sur place, Isidore Mbayo et Eve Malonga, à maintes reprises l’avaient relevé et posté.

Mais la voix de LNC ne pèse pas comme celle de l’ONU.

Car il aura fallu qu’hier, des enquêteurs de l’ONU dénoncent la chose, la forfaiture, le fait que les soldats français livraient des musulmans civils à la mort à Bangui pour que cela soit pris en compte par la presse internationale.
Cette même presse internationale, qui comme nous a vu les choses, mais jamais n’avait dénoncé les dérives.

La problématique qui se pose n’est pas de bêtement en vouloir aux soldats français. Ils sont aux ordres et obéissent.
Avec un carnet de mission flou dans un pays qu’ils ne connaissent pas, que voulez-vous qu’ils fassent ?
La démonstration de la faillite de la Sangaris est là, patente, la force militaire française en RCA a failli à pouvoir rétablir l’ordre.
Des imbéciles assoiffés de sang et de vengeance continuent à tuer en toute impunité.

OUI, CA VA PAS, NON, CA VA PAS NON PLUS

Cependant, si la France n’était pas intervenue en RCA, des voix, notamment américaines, lui auraient reproché de n’avoir rien fait dans son ancienne colonie.
Elle intervient, et d’autres voix de lui reprocher de faire de l’entrisme, de se mêler de ce qui ne la regarde pas, au point d’en décider la destinée.

Mais l’évidence est parlante.
Michel Djotodia et Nicolas Tiangaye n’ont pas démissionné de leurs propres volontés.
Ca ne s’est pas fait tout seul.

‘ON’ via le satrape tchadien aka le petit télégraphiste avait décidé de leur sort.

Pour cela que François Hollande, lors de sa dernière conférence de presse le 14 dernier, ne peut pas soutenir sérieusement son discours disant ne pas se mêler de la vie politique de la RCA.

C’est faux, c’est un mensonge éhonté.

Le futur président de la Centrafrique, la France l’a déjà choisi.
Ce qui explique son empressement à aller au plus vite aux élections, afin de prendre de cours les autres candidats, ne disposant pas de temps pour faire campagne.
Les autres en seront réduit à faire de la figuration.
Et quelle campagne dans un pays dévasté ?
L’idée même actuellement d’élections en RCA est ahurissante.

LE GROS ZIZI

Pour que Djotodia dégage, il aura fallu que la Centrafrique vende son âme au diable, toute honte bue.

Idriss Deby le dictateur tchadien de convoquer à N’Djamena les conseillers du CNT, comme s’ils étaient des fonctionnaires d’une de ses provinces, du rocambolesque, de la bande dessinée délirante, que même pas un politicien centrafricain de se lever pour au moins, pour le principe protester.

Charles Armel Doubane pour le coup, en approuvant s’est vitrifié là dans la médiocrité et la lâcheté politique.

En vérité, devant la face du monde, Idriss Deby a fait la démonstration de son contrôle absolu de la Centrafrique, avec l’appui désormais concerté de la France.
Car il faut cesser de se mentir, la RCA n’existe plus.
C’est désormais une province tchadienne.

Qui y fait et défait les rois depuis plus de 20 ans ?

Comme un boxeur en phase terminale, saoulé de coups qu’il ne sent plus, les centrafricains ont applaudi, en ne sachant pas que derrière la chute de Djotodia, c’est dans une nouvelle chaîne qu’ils se retrouvaient entravés.

Il appartenait aux politiciens centrafricains d’avoir le discernement minimal de l’évoquer et de l’expliquer au peuple sous éduqué, surtout politiquement.
Aucun ne l’a fait. Silence radio. Démission radicale de la classe politique centrafricaine, hormis Marie-Reine Hassen, la seule qui posait balle à terre, disant clairement que le CNT était illégitime.

Aussi, est-ce à nous journalistes de suppléer de tels absences criardes ?
Ce n’est pas notre travail.
Pourtant, dans le désert de l’intellectualisme centrafricain, nous nous y contraignons par défaut.

Et n’est-il pas étonnant de noter que, grâce à l’analyse juridique de notre analyste Sandra Martin-White que le CNT réalisa qu’il ne fallait pas que les conseillers du dit CNT ne puissent postuler à la candidature pour être président par interim ?

LA FRANCE AMIE OU FAUSSE AMIE ?

Lorsque vous êtes dans le dénuement absolu, vous ne calculez plus qui se dit vouloir venir vous donner un coup de main.
Vous prenez le tout venant, c’est tout.
Et malheureusement, dans sa souffrance, la RCA a perdu le discernement, pour autant qu’un jour elle l’ait eu.

Les requins sont là, dans les starting blocks pour la suite.
La richesse potentielle du pays brille comme un chiffon rouge pour les taureaux de l’extérieur, ne demandant qu’à l’exploiter.

Tant que les centrafricains ne comprendront pas que les pays étrangers, aussi amicaux soient-ils n’ont pas d’amis, mais n’œuvrent que pour leurs propres intérêts, alors ils resteront toujours des immigrés sur leur propre sol.
Repensez un peu au mépris des fonctionnaires de l’ambassade de France à Bangui, obligeant les gens à faire la queue des heures durant sous un soleil de plomb, pour espérer avoir le sésame du visa pour ‘Poto’.

Ce n’est pas l’aumône que les centrafricains réclament, mais un juste retour des choses.
Quand en 1940 des oubanguiens sont partis en masse pour mourir pour la France, qu’ont-ils eu en retour comme rétribution ?

De la ‘chair à canon’, osait dire une députée française fanatique catholique dont nous tairons le nom.

En final, la question qui se pose est celle-ci, la France est-elle sincère avec la Centrafrique ?

Nous n’avons en partage que la langue, c’est tout.

NE PERDEZ JAMAIS CELA DE VUE !

© Janvier 2014 LNC