BLOG/COMMENT RELANCER L’ECONOMIE DE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Par Jean YURMANI

La majorité des hommes politiques centrafricains ont la désagréable attitude de considérer que la Centrafrique ne se limite qu’à la ville de Bangui la capitale et ses environs immédiats. D’où la conséquente tendance à négliger voire oublier les préoccupations des populations des villes et localités de l’arrière-pays et ceci sur tous les plans (santé, éducation, sécurité…). Ainsi ces population s sont devenues des laissées- pour –compte.

C’est à partir de cet état des choses que naissent les frustrations qui conduisent à des manifestations, troubles et rebellions de tous ordres. En réalité, la non prise en charge des préoccupations des populations de nos villes et localités provinciales est due exclusivement à l’insuffisance des principales infrastructures de communication en toute saison, notamment les routes. Par exemple, en saison des pluies les préfectures de la Vakaga et du Haut-Mbomou sont inaccessibles, soit à cause des inondations soit à cause des ponts cassés où des bacs défectueux sur les rivières de la Chinko, la Wara et la Keré pour aller dans le Haut-Mbomou. Après cinquante ans d’indépendance, la Centrafrique utilise encore des bacs pour la traversée des cours d’eau.

Aussi, la défectuosité et l’insuffisance sévères des infrastructures de communication entravent cruellement la circulation et la mobilité des populations centrafricaines sur leur propre territoire. Cette insuffisance d’infrastructures de communication (routes) est aussi à l’origine de l’absence de peuplement des 2/5 de la superficie du territoire centrafricain, en l’occurrence la région du Nord –Est située entre les villes de BIRAO et d’OBO et faisant frontière avec Le SUD-SOUDAN. C’est dire que la politique de construction des routes a cessé en Centrafrique avec la fin de la colonisation.

Quelles sont les principales actions pour lancer l’économie de Centrafrique ?

C’est d’abord réhabiliter et rendre pratiques en toute saison les infrastructures de communication existantes.
Prioritairement, ce sont les axes routiers Sibut-Birao et Sibut-Bambouti.
a)- L’axe Sibut-Birao en passant par les localités de Kanga Bandoro, Mbrès, Bamingui, Ndélé, est distant de 737 kms. Cet axe traverse la réserve de la Faune de la Ouandja-Vakaga et se rapproche du parc National Saint-Floris qui fait frontière avec la réserve de la faune de l’Aouk-Aoukalé. Si le tronçon Mbrès-Ndélé passe sur de formations gréseuses, celui de Ndélé-Birao traverse des sols plutôt argilo-sableux.
Ces informations sont nécessaires pour mesurer l’importance de la réhabilitation de l’axe sur le point de vue technique, touristique, agropastoral , minier et le type des travaux de terrassement.

b)- L’axe Sibut-Bambouti en passant par les localités de Grimari, Alindao, Kembé, Bangassou, RafaÏ, Zémio, Obo et Bambouti est distant de 1.174 kms. Bien qu’il soit difficillement praticable en toute saison, les ouvrages d’art pour la traversée des cours d’eau tels que la Chinko, la Wara et la Kéré sont défectueux. Notons que ces bacs à motricité humaine pour la traversée de ces rivières sont défectueux.

La réhabilitation de cet axe permettra de développer le secteur agro-pastoral (culture des palmiers à huile, de canne à sucre, de riz, de sésame, de maïs, de café),et le secteur minier (exploitation des sites d’or de Celim, Zimé, Dembia, Baroua, Kossa, Karamadar, Derbissaka, du site de sel gemme de Mandja) et permettra aussi une ouverture du pays vers la mer rouge à travers les réseaux routier et de chemin de fer du Sud Soudan. Cette ouverture permettra de commercer intensément avec le Sud-Soudan pour ce qui concerne le bois, le café, le petit piment, le sésame, l’huile de palme. Construction d’une nouvelle route suivant l’axe BIRAO-OBO.

Afin de faciliter le peuplement intégral du territoire, l’accès aux richesses agricoles et minières de la région Nord-Est du pays pour valorisation, il est indispensable et important de construire une route pouvant relier entre elles les villes de Obo et Birao. Cet axe, distant d’environ 600 km, longerait plus ou moins la frontière avec le Sud-Soudan en traversant la réserve de faune de Yata-Ngaya, le parc naturel de André Félix, la réserve de faune de Zemongo. Signalons aussi que le gisement de cuivre du site Ngadé se situe dans la région de Yata-Ngaya. Ce gisement a été étudié par une équipe de géologues roumains sous la période de BOKASSA. Les travaux de terrassement pour la construction de cet axe routier permettront peut-être de non seulement de découvrir d’autres richesses minières, mais aussi d’identifier de nouveaux sols propices à l’agriculture et à l’élevage et aussi faciliter et renforcer les actions de surveillance de nos parcs et réserves de faunes de la région contre les braconniers et autres malfrats. Avantages liés à la réhabilitation des grandes infrastructures routières et la construction du nouvel axe routier Birao-Obo.

Ces avantages sont en effet multiples.
1)- Le peuplement de la zone frontalière avec le Sud Soudan va entrainer le développement des activités agro pastorales et minières.
2) – Les travaux de terrassement pour la réhabilitation et la construction des infrastructures de communication peuvent conduire à la mise en évidence de nouveaux indices ou de gisements miniers. C’est pourquoi une équipe de géologues, d’ingénieurs des mines et d’agronomes devra être associée au personnel des entreprises en charge des travaux.
3)- La migration et la circulation des jeunes à partir des principales agglomérations du pays vers de nouvelles terres (région Nord-Est) désormais accessibles va entrainer le désengorgement des surpopulations des villes.
4- de nouveaux emplois seront ainsi créés pour de nombreux jeunes.

D -Financement des projets de réhabilitation et de construction des infrastructures de communication. De tels projets demandent de gros investissements que les bailleurs de fonds ou partenaires financiers concèdent facilement à leur financement à cause du volume.

Les Institutions financières Internationales et pays bailleurs de fonds intéressés par ce type d’investissement sont en général le FMI, la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, le NEPAD, la Banque Islamique, le Japon, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil, la France, l’Allemagne. Pour une bonne conservation des infrastructures réalisées, la circulation (trafics) sur ces axes routiers devra être soumise à péage pour permettre leur entretien. La gestion de ces péages pourrait être confiée comme mesures d’incitation et d’encouragement aux financements des projets, aux entreprises en charge de la réalisation des infrastructures.