LES PARTIS POLITIQUES EN RCA : LA FIN D’UN CYCLE DE LA « VENTROCRATIE » ?

Au regard de ce qui se passe aujourd’hui en Centrafrique, « à quoi sert le parti politique ? »   devient une question essentielle pour le peuple et pour toutes les personnes qui ont pour préoccupation fondamentale l’avènement politique dans leur pays.

Voir les partis politiques se rallier paradoxalement à un candidat indépendant pour leur survie revient quand même à dire qu’il y a un problème politique qui se pose en RCA., et il y a lieu de s’interroger si tous ces partis sont vraiment indispensables pour le bien-être du peuple centrafricain.

En d’autres termes, peut-on dire que tous ces partis sont arrivés à établir un processus rationnel de collaboration et d’unité nationale sans avoir la propension à satisfaire leurs intérêts mesquins ? Sont-ils vraiment des partis politiques ou des fabriques de « profito-situationistes » ?

Que représentent aujourd’hui les partis politiques ?

Pas grand-chose étant entendu qu’il ne faut pas confondre militants et sympathisants. Les premiers sont en chute libre dans les  partis, usés par les années de la « ventrocratie », le non renouvellement des leaders et les promesses non tenues. Quant aux sympathisants, ils désertent de plus en plus les partis, quand ils ne vont pas faire un tour ailleurs attirés par des promesses qui ne seront pas tenues non plus. Ils tournent ainsi au gré du vent, là où les intérêts politiques affluent comme des feuilles sèches.

La désertion des partis politiques pendant les récentes crises a trahi leur inefficacité, D’ailleurs, le constat est aussi que nos partis en Centrafrique jouent insuffisamment leur rôle en ce qu’ils se caractérisent tous par une négligence de la fonctions programmatique, un déficit de contrôle de l’action gouvernementale et un abandon de la fonction de socialisation politique.

C’est pourquoi, le peuple souverain a besoin aujourd’hui d’une présentation claire et pédagogique des principes formels et des objectifs structurants des partis politiques pour s’engager politiquement et économiquement, adhérer aux partis selon les valeurs politiques économiques sociales et morales qu’ils défendent et se prononcer en toute lucidité lors des élections.

Malheureusement, la plupart des partis créés agissent comme des partis ethno-régionalistes. Les questions d’intérêt général capitales concernant l’identité, les valeurs et les objectifs défendus par les partis politiques sont étrangement mises de côté. C’est pourquoi, d’ailleurs, les crispations et tensions politiques passées ont été en réalité provoquées par l’affrontement entre les visions d’intérêt, les valeurs et les objectifs politiques contradictoires des partis et des élites.

D’où provient cette dérive ?

L’affaiblissement des partis politiques est patent depuis qu’il est devenu facile de percevoir dans quelques attitudes partisanes un souci de repli régionaliste. Chaque parti politique se positionne en fonction d’un fief électoral. Les partis politiques ont à cet effet souvent une connotation régionaliste outrancière.

Autrement dit, les comportements tribalistes sans fondement objectif sont malicieusement entretenus au niveau de tous les appareils d’Etat au détriment des compétences professionnelles lorsque ces partis politiques accèdent au pouvoir. Dans ce cas, pourquoi ne pas craindre la “particratie” où règnent la politisation des décisions administratives (en particulier des nominations et des promotions), le clientélisme, la culture d’entraide familiale ?

 De toutes les façons, l’objectif des partis politiques en Centrafrique, pour certains, c’est d’arriver au pouvoir coûte que coûte, pour d’autres, c’est de tout faire pour accéder à la mangeoire tout en sachant qu’ils n’accèderont jamais au pouvoir. Tout cela s’articule dans l’insouciance de privilégier l’intérêt du peuple. Ainsi donc, leur souci quotidien est de déstabiliser le parti au pouvoir par n’importe quel moyen. Les multiples tentatives des coups d’état, les mutineries et les rebellions illustrent bien cette velléité machiavélique de compromettre l’avenir du pays.
Du coup, certaines questions s’imposent : les partis politiques, définissent-ils et expriment-ils vraiment les besoins du peuple ? Sont-ils vraiment soucieux du sort de peuple centrafricain ? La réponse, c’est que les politiciens centrafricains, de par leur égoïsme et leur soif de pouvoir, ont échoué dans leur mission d’identifier les besoins de la société. C’est pourquoi, il serait mieux de ne plus parler des partis politiques, mais de chercher une alternative adéquate.

Quelle alternative ?

Avec l’élection du candidat indépendant Faustin Archange Touadéra, une nouvelle donne se dessine à l’horizon. Je crois qu’il faut désormais éviter la logique partisane s’installant sur tous sujets et en toutes occasions avec le risque de voir la libre pensée ou l’esprit critique comme un délit. Il convient de rappeler aussi que l’importance de la candidature individuelle réside désormais dans la haute considération qu’accordent les électeurs à certaines « personnalités » de la société civile, susceptibles de bien diriger ce pays. Il y a ensuite une explication logique : il est difficile de voir le candidat indépendant élu pris en otage par l’oligarchie de son parti.

En définitive, il convient de dire que le processus de sortie de crise à travers les élections des partis politiques semble aujourd’hui compromis. L’on ne peut plus compter sur le sérieux des partis politiques centrafricains. En effet, il semble judicieux de choisir une « candidature  indépendante », c’est ce qui a été fait. Car, les partis politiques ne servent plus à rien en Centrafrique. Ce n’est que l’univers des acteurs ayant des intérêts empreints de népotisme, de clientélisme et des calculs intéressés. C’est au jour des élections que ces partis s’arrangent toujours pour être très proches de leurs électeurs afin que l’attachement l’emporte sur l’appréciation morale de leurs actes éventuellement délictueux.

Le déclin à longue échéance de ces partis politiques, caractérisé par la passivité, le silence, la compromission mérite aujourd’hui une réflexion renouvelée.

Afin de conclure,  Faustin Archange Touadéra se doit de préserver son identité indépendante et ne jamais oser créer un parti politique qui ne l’amènera sûrement que vers des dérives déjà connues sous différents partis politiques au pouvoir dans le passé.

Passi Keruma

Militant de la liberté