CHRONIQUE : Et maintenant ?

Par Fanny Minao-N’diaye

Le ‘Mbata ti makundji’ – Siège du Chef – est-il donc devenu virtuellement vacant ?
François Bozizé, contraint contre sa volonté, est transformé en Président de décoration style 3ème république française supportera-t’il longtemps cette mise hors jeu en douceur ?
Seule l’application de la Constitution l’a sauvé, autrement, la Séléka l’aurait bouté dehors sans autre forme de procès, et la CEEAC ne s’y serait pas opposé.

Menés par les seuls Sassou Nguesso et Idriss Deby, elle ne voyait nulle contrainte à voir poussé dehors cet ancien frère devenu trop encombrant.
Et ironie de l’histoire, c’est cette Constitution que Bozizé a lui-même tant de fois bafoué qui lui sauve la mise et les apparences.
Il ne reste Chef de l’Etat que de par la lecture de la Constitution centrafricaine.

Quid de ses partisans que en moins d’un mois il a su échauffé par des moyens illégaux à force de basse démagogie ?
Quid de la haine qu’il a su éveiller en eux contre les chefs de la Séléka et l’opposition démocratique ?
Martin Ziguelé vilipendé, Maïtre Nicolas Tiangaye carrément condamné à mort par cette foule abrutie de slogans imbéciles chantant :

“Tiangaye on te fera le même sort qu’à Charles Massi”.

François Bozizé avait savonné la planche du pouvoir avant de partir à Libreville dans une sorte de politique de terre brûlée.
Et ce sera dans un climat cataclysmique de division artificiellement créée que les nouvelles forces du pouvoir s’installeront.

Quid de cette Séléka arrivant au pouvoir par la force armée ?
Sur un prétexte fallacieux, elle mit le pays à feu, la déstabilisant en profondeur.
Certaines villes occupées par elle gardent encore les stigmates des brutalités de ses troupes.
Ce ne sont pas des enfants de cœur, loin de là.
Qu’attendre de positif d’une coalition militaire de circonstance de groupes hétéroclites qui hier encore se battaient entre eux-mêmes ?
Et sans socle politique défini, sans idéologie crédible, cette nébuleuse fumeuse sera-t’elle en capacité de relever les immenses défis qui les attendent ?
On ne bâtit pas de projet politique sérieux sur le seul ‘Contre’.
Elle vient du Nord du pays à majorité de culture musulmane.
De ce Nord que Bangui a toujours méprisé, oublié.
De ce Nord qualifié d’étranger par la capitale.
Le pouvoir troque le costard cravate pour le boubou haoussa, rounga.

Quid de l’opposition démocratique ?
Magloire LAMINE la qualifiât de fantomatique, figure osée et très injuste.
Elle n’est pas fantomatique mais active comme elle pouvait.
Face à un pouvoir hégémonique, clanique, autocratique et prédateur, que faire ?
Elle ne fut rendue fantomatique que de par les contraintes imposées par le pouvoir en place, l’ancien dorénavant.
Et quelque part, il convient de rendre hommage à ces hommes qui au risque de leurs vies, continuaient toujours à faire chanter leur différence.

Peut-on parler encore d’un pays démocratique lorsque le Chef du pouvoir pousse des excités à quasiment aller assassiner les chefs de son opposition ?

Et il aura fallu une force militaire agressive et déstabilisante pour contraindre tout un chacun à aller devant la table des négociations.
Autrement, nous en serions encore et toujours soumis à la dictature tyrannique et partisane.

Le pouvoir reste à construire.
On repousse à plus tard l’idée du qui sera finalement le vrai Président.
Le siège présidentiel est désormais en vacance.
Sage décision, car entre temps, il faudra reconstruire, et plus que tout, redonner au peuple divisé une confiance bien ébranlée par les uns et par les autres. 

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