Centrafrique : La Cour Pénale Spéciale veut démarrer ses travaux. Mais elle va juger qui ?

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Par Sandra MARTIN-WHITE

NEW YORK [LNC] – Créée le 22 avril 2015 pour compenser la totale dérégulation, voire l’inexistence de la justice en Centrafrique, par une loi adoptée par Conseil National de Transition (CNT) de l’époque, la Cour Pénale Spéciale (CPS) avec à sa tête depuis le 14 février 2017, le magistrat militaire congolais Toussaint Muntazini Mukimapa,  jusque là, n’aura fait que de la figuration. 5 ans pour rien. Et pourtant, l’objectif était ambitieux, juger tous les crimes et violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans le pays depuis 2003. Or, la machine peine à décoller. Sous financée, sans visibilité, sans moyens, ce n’est qu’un cache sexe dans une vitrine trompe l’œil de faux pays normal. Simple propagande. Et surtout, elle va juger qui ?

Avec en février 2019 un pseudo accord de paix avec les bandes armées, leur accordant de fait l’impunité, leurs meneurs échappent de facto au CPS. Du fait des collusions politiques et sécuritaires.

A considérer également des individus comme François Bozizé, dont les crimes sont très largement connus, mais qui jouit de l’indulgence en local du gouvernement et de la justice centrafricaine. Au point même de postuler comme candidat à l’élection présidentielle. Cela en violant les lois du pays : Entrée illégale sur le territoire, fausse identité, etc..

UN POSITIONNEMENT FLOU

En principe, la CPS est une institution supra-judiciaire. Supplantant donc la justice centrafricaine de base concernant les crimes graves dans le pays. Mais cela n’est que théorique, faute de moyens et de volonté politique. Car à ce niveau, les autorités centrafricaines ne lui accordent aucun crédit au sens propre du terme. Un pouvoir en place pour qui l’impunité est pratique normale. Ce qui ferait de la CPS, s’il l’aidait,  une empêcheuse de tourner en rond.

Plus concrètement, la CPS ne dispose pas des moyens de sa politique. Car nonobstant le fait que la CPS ne reconnaît pas les amnisties décrétées après le 1er janvier 2003, elle ne dispose d’aucun moyen de police ou de rétorsion pour exercer son office. Et ce n’est certainement pas la Police de la MINUSCA qui lui donnera un coup de main. Elle qui a pris le parti de négocier avec les groupes rebelles, et non de vouloir les éradiquer définitivement du paysage centrafricain. En gros, c’est une usine à gaz.

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