INTERVIEW/Un cadre de la CPJP donne son point de vue sur la crise centrafricaine

Entretien par Pacôme PABANDJI

Une semaine après l’avènement de la coalition rebelle la Séléka au pouvoir par la force, l’un des leaders du mouvement rebelle qui avait adhéré en Août 2012, à l’accord de paix de Libreville de 2008 sous le régime déchu, donne son point de vue par rapport à ce changement intervenu.

La Nouvelle Centrafrique (LNC) : Bonjour Monsieur, auriez-vous l’amabilité de vous présenter à nos lecteurs ?

Thierry Cyprien M’pondo (TCM) : Merci de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer au public. Je suis M. Thierry Cyprien M’pondo, Conseiller stratégique et Coordonnateur adjoint de la diaspora de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix, cette faction rebelle dirigée par le Général Abdoulaye Hissein.

LNC : Monsieur, la coalition Séléka vient de renverser François Bozizé, arrivé depuis dix ans au pouvoir par la voie des armes. Quel sentiment éprouvez-vous en tant que Centrafricain ?

TCM : En tant que Centrafricain, c’est un signe de soulagement, vu les tracasseries qui se sont déroulées par rapport aux plusieurs accords entre le gouvernement de Bozizé et les différents mouvements politico-militaires, je voudrai parler en l’occurrence de l’accord de paix de Libreville de 2008 dont la CPJP vient d’intégrer en Août 2012. Malgré les fortes recommandations issues de ces négociations, Bozizé n’a jamais voulu les appliquer mais la CPJP est toujours restée fidèle par rapport à son engagement devant la communauté nationale et internationale.

LNC : Donc selon vous, le régime de Bozizé n’a pas respecté ces accords de Libreville comme l’avait souligné la Séléka ?

TCM : Certainement il est clair que M. Bozizé n’a pas respecté ces accords et a toujours voulu roulé ses adversaires et amis de la RCA dans la farine puisqu’il a toujours maintenu en Centrafrique les forces non communautaires et tardivement, vu l’avancée de la Séléka aux portes de la capitale centrafricaine, il a pris un décret fallacieux pour libérer les prisonniers politiques, et suspendre les barrières érigées dans Bangui par ses milices. Par-dessus, Bozizé continuait d’injurier les ministres de la République qui sont membres de la Séléka. Or que les accords ont demandé à chaque partie de faire preuve de retenu et de ne pas tenir des propos tendant à susciter de mécontentement.

LNC : A vous entendre aujourd’hui, vous pointez un doigt accusateur sur le président déchu Bozizé. Or il y a quelque temps la CPJP par la voix de son ministre, condamnait les actes de la Séléka ; ne s’agit-il pas de l’hommage du vice à la vertu ?

TCM : Si je pense bien, le ministre n’a pas condamné les actes de la Séléka mais il prônait la paix entre les protagonistes de la crise tout en leur rappelant le respect des accords de Libreville qui vacillait à un moment donné où le pays connaissait le risque de basculer dans un chao. C’est dans ce sens que j’ai compris le message de notre représentant au gouvernement à l’époque.

LNC : Dans sa première déclaration, le nouvel homme fort de Bangui, le Président Michel DJOTODIA a tendu la main aux Centrafricains de tout bord. Qu’en pensez-vous ?

TCM : La République Centrafricaine a trop souffert, je pense qu’il est temps que les Centrafricains acceptent la main tendue du nouveau locataire du Palais. C’est à travers l’apport de tous que le pays pourrait sortir de l’état actuel et connaître un avenir meilleur. Il faudrait qu’il y ait une force conjuguée de toutes les compétences pour que le développement du pays soit amorcé.

LNC : Monsieur le Conseiller, êtes-vous prêt à apporter votre pierre à la reconstruction du pays ?

TCM : Bien évidemment comme tout centrafricain, je serai prêt à apporter ma modeste contribution à l’œuvre nationale si les dirigeants veulent bien me faire appel. Si je suis aujourd’hui revenu au pays c’est parce que j’estime bien être utile pour mon pays.

LNC : La Séléka avait demandé l’intégration de ses 2000 éléments dans l’armée nationale ; cette question est-elle encore d’actualité ? Si oui qu’en dites-vous ?

TCM : Je pense que c’est une question qu’il faudrait discuter avec le nouveau gouvernement puisque l’intégration dans la fonction publique doit prendre en compte la question de compétence. Et aujourd’hui les éléments de la Séléka ont prouvé qu’ils sont à la hauteur de ce qu’ils réclament puisque les rapports de force entre les FACAS à l’époque et la Séléka ont donné ce que tout le monde sait aujourd’hui. Donc le nouveau gouvernement pourrait apprécier cette question et prendre en compte l’aspect organisationnel et formation de ces éléments. Puisque du point de vue complément instruction militaire, il y a encore un manque concernant certains éléments.

LNC : Le nouveau Président a dit dans une de ses déclarations ne pas se présenter à la prochaine élection. Que pensez-vous de cet engagement ?

TCM : Il s’agit là d’un engagement solennel ; il vous souviendra que le président déchu Bozizéà son temps, avait pris un pareil engagement malheureusement celui-ci n’a pas tenu parole. Aujourd’hui, tout le monde connaît les conséquences du non respect des engagements. C’est une question de principe car la lettre des accords de Libreville est claire à ce sujet. C’est à son âme et conscience que le nouveau Président a pris cet engagement. S’il respect sa parole, ça sera dans son intérêt. Nous lui conseillons de ne pas répéter les erreurs de son prédécesseur. Ce faisant il écrira une page de l’histoire de son pays.

LNC : La RCA vient de tourner une page sombre de son histoire. S’il y’a un souhait, que diriez-vous pour ce nouveau départ ?

TCM : En amorçant ce tournant décisif de l’histoire centrafricaine, le peuple centrafricain doit d’abord oublier et se pardonner. Enfin, il doit se mettre résolument au travail dans la concorde et la paix. C’est en cela que le pays pourrait sortir définitivement du cycle infernal de l’éternel recommencement.

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