DÉPÊCHE/KHARTOUM2019 : Un accord de paix sur un consensus mou

C’est un bis repetita des accords de Libreville. On sait comment cela a fini pour Bozizé

Gilles DELEUZE

KHARTOUM [LNC] – SMAIL CHERGUI‏ LE “FACILITATEUR” DE CES POURPARLERS : “J’ANNONCE AVEC HUMILITÉ QUE NOUS AVONS FINALISÉ UN ACCORD DE PAIX À KHARTOUM, PERMETTANT AU PEUPLE CENTRAFRICAIN DE S’INSCRIRE SUR LA VOIE DE LA RÉCONCILIATION, LA CONCORDE ET LE DÉVELOPPEMENT. MERCI AUX DEUX PARTIES POUR LEUR COLLABORATION EXEMPLAIRE.” C’EST VITE DIT. IL SAUVE LA FACE, MAIS RIEN N’EST RÉGLÉ.

Un accord obtenu aux forceps pourrait-on dire, en usant d’une image facile. Sauf que cela n’en n’est pas un. Les problématiques et les points d’achoppement ont tout simplement été repoussés aux calendes grecques.

LE CONTENU

C’est un moratoire (c’est à dire quelque chose qui devra être débattu et finalisé plus tard, une sorte d’échéancier) qui a été accepté par les parties.

Les deux points majeurs :

Pas d’amnistie. les groupes rebelles ont été obligés de céder sur ce point, autrement c’était l’impasse.
Un gouvernement d’union, “élargi” aux groupes armés, à l’opposition, et à la société civile (un terme flou que l’on entend comme l’on veut).
DU DONNANT DONNANT
S’ils ont plié sur l’aspect impunité, les groupes armés se rattrapent sur une probable mainmise sur le prochain gouvernement.

L’expulsion de SARANDJI du poste de Premier Ministre étant déjà implicitement sous-entendu.

But du jeu pour les rebelles : “entourer” le président.

A noter que durant ces négociations, la partie gouvernementale quasiment aphone subissait l’agenda des rebelles, comme des divergences étaient très vite apparues entre les envoyés de TOUADERA. Un manque de discipline et d’esprit d’équipe qui n’aura pas facilité la tâche de l’envoyé de l’Union Africaine. Malgré le : “Je suis déterminé à travailler avec le Chef de l’Etat et son Gouvernement, pour mettre en oeuvre les réponses aux préoccupations des frères qui avaient pris les armes” du chef de la délégation Firmin NGREBADA.

En final, une resucée des Accords de Libreville. Ce qui va ouvrir la porte à de dangereuses perspectives.

CE QUI NE SE FERA PAS

Tous les points qui fâchent ont été subtilement mis de côté.

Pas touche aux acquis des bandes rebelles qui gardent le contrôle de plus de 90% du territoire
Aucune négociation de gré à gré donc pour le retour de l’autorité de l’Etat dans les zones hors contrôle
Pas de poursuites contre les leaders des bandes armées.

Et les grands oubliés, les réfugiés à l’extérieur. Ils sont près de 650.000, devenus les “invisibles” de la république.

Corollairement, aucune négociation pour la mise en place de “couloirs humanitaires” dans les zones sous gestion rebelle, afin de faciliter et le travail des humanitaires, et leur sécurité.

Un accord “à-minima” trompe l’œil qui ne résout rien, mais botte en touche les vrais obstacles à la paix durable en Centrafrique. Cherchez qui est le cocu de l’affaire.

Il sera signé paraphé demain Dimanche, probablement en présence de Faustin TOUADERA, et signé un peu plus tard à Bangui.

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